Archives de catégorie : Cinema

La mort sur un ton léger

Dans notre époque où le cinéma est un grand parc d’attraction où l’on vénère l’insouciance, pas facile de parler de la mort, et encore moins de la maladie. La dégradation du corps et de l’esprit est aux antipodes des valeurs contemporaines. Becker s’y était risqué avec « Deux jours à tuer », un film déjà poignant où Dupontel renversait la table, avant de se cacher loin du monde.

Les deux brillants auteurs du « Prénom », sans doute excités par le challenge, ont souhaité aborder le thème sous la forme d’une comédie. Avec l’idée astucieuse de départ d’une confusion dans les diagnostics pour arriver à un résultat bien trouvé : la maladie n’est plus un parcours désespérément solitaire, mais une aventure à deux où chacun s’oublie pour prendre soin de l’autre. C’est très subtil de troquer ainsi le misérabilisme pour l’empathie. Continuer la lecture de La mort sur un ton léger

Le Mans 66, concentré de testostérone…

La vitesse ne m’a jamais fait vibrer. Elle me fait plutôt peur, et je ne ressens aucune montée d’adrénaline à appuyer lourdement sur la pédale de droite. Je fuis les courses automobiles que je considère comme une débauche inutile de carburant et d’énergie pour attribuer le premier prix à un pilote qui est nécessairement le plus fou du circuit.

Mais ce mépris de la vitesse ne m’exclut pas du monde de l’automobile. Les belles voitures, les carrosseries rutilantes, les chromes qui brillent, et tout ce qui fait d’une automobile l’expression du génie humain, tout cela me parle, me séduit, m’émoustille. L’automobile, comme aventure humaine, est un beau voyage. C’est ce à quoi nous convie le film Le Mans 66. Continuer la lecture de Le Mans 66, concentré de testostérone…

« J’accuse », beau et sobre à la fois…

J’accuse » est d’abord l’article de presse le plus courageux jamais écrit. Un prix Pulitzer avant l’heure de l’engagement sociétal, par un Emile Zola qui a gagné là ses galons d’honnête homme. Mais derrière ce fait d’arme qui a marqué à jamais l’histoire de la presse, il y avait l’activisme d’un homme obscur, Marie Georges Picquart, qui a eu le courage exceptionnel de s’opposer à sa hiérarchie pour défendre l’honneur d’un homme qu’il n’appréciait pourtant guère, son ancien élève Alfred Dreyfus.

Cette affaire Dreyfus qui a été le marqueur indélébile du passage du dernier siècle, méritait assurément d’être rappelée aux jeunes générations qui n’ont connu que l’affaire Benalla. On a beaucoup glosé sur l’opportunisme de Polanski à se couler, avec ce film, dans la peau d’un homme accusé sans preuves. Réducteur, très réducteur ! Continuer la lecture de « J’accuse », beau et sobre à la fois…

« La belle époque » qui vous emballe…

La Belle Epoque est d’abord un ton. Un ton décalé et en même temps enjôleur qui vous happe pour ne plus vous lâcher. La tension au sein de ce couple vous explose au visage, sans que jamais cela ne prenne un ton dramatique. Non, Nicolas Bedos reste léger pour évoquer le désamour, la perte d’envie de vivre et le refus d’évoluer dans une époque qui bouge vite. Les échanges sont vifs et enlevés, le personnage d’Auteuil est faible, il se laisse bouffer par sa propre vie, alors que celui de Fanny Ardant est une battante qui veut continuer à avoir le contrôle. Comment ne pas ressentir le vécu dans cette opposition de style ? Comment ne pas y voir les différences de comportement par rapport à l’âge et au temps qui passe ? Nicolas Bedos est étonnamment juste dans le constat.

Pour sortir de l’impasse, autrement que par la voie facile de la séparation, il imagine ce que la technologie d’aujourd’hui peut offrir : un retour aux sources. Continuer la lecture de « La belle époque » qui vous emballe…

Midway, la bataille navale du siècle…

La Bataille de Midway, voilà bien une des plus importantes batailles navales du XXème siècle. Une victoire américaine sur toute la ligne dont les Américains sont particulièrement fiers. A raison d’ailleurs… 4 porte-avions japonais coulés en une seule journée, ce fut la bataille décisive qui fit tourner la bonne fortune des Japonais, seulement six mois après Pearl Harbour. Les troupes de l’Empire du Soleil levant ne s’en relèveront pas…

Cette bataille avait déjà occasionné un bon film-hommage en 1976, avec toutes les vedettes du box-office de l’époque. Sans doute le besoin d’exaltation des valeurs de l’Amérique de Trump a entraîné une nouvelle édition, sans grandes vedettes au générique, mais avec le renfort précieux des effets spéciaux. Nous voilà partis donc pour en prendre plein les mirettes, ce qui est le plaisir des films de guerre, surtout quand ils soulignent les vertus et le courage des combattants. De ce point de vue, réussite totale… La bataille est un essaim bourdonnant qui fait joliment monter l’adrénaline. Mieux que tous les jeux vidéos !… Continuer la lecture de Midway, la bataille navale du siècle…

Joker, clown triste très contemporain…

Joker m’a laissé un sentiment partagé… Il faut dire que je suis assez hermétique au monde des films Marvel, en particulier des Batman. Je ne suis pas assez grand enfant pour adhérer aux histoires des super-héros, et a fortiori des super-méchants. Le personnage de « Joker » m’était, pour ainsi dire, inconnu avant le film…

Oui, mais voilà, les critiques sur Allo-Ciné étaient dithyrambiques et puis, il y avait en tête d’affiche Joaquin Phoenix, sans doute un des meilleurs acteurs de sa génération.

Dieu merci, le film n’est pas un film d’action avec des personnages qui s’ingénient à détruire la planète, et d’autres à la défendre. Continuer la lecture de Joker, clown triste très contemporain…

Ah ça ira, ça ira, les aristocrates…

Downtown Abbey, voilà une série qui aura fait frissonner la France entière. Cette France républicaine et égalitariste qui n’aime rien tant que détester sa propre noblesse, s’est enflammée pour les aventures d’une famille anglaise dorée sur tranche, dont la demeure n’est autre qu’un château des plus magnificents.  Folie collective citoyenne ! Robespierre doit assurément pester là-haut contre cet inexplicable retour de flamme…

Qu’est ce qui peut bien motiver cet intérêt général ? Une crise de nostalgie ? Un intérêt anthropologique ? Une curiosité pour ces excentriques de rosbeefs ? Un peu de tout cela… Continuer la lecture de Ah ça ira, ça ira, les aristocrates…

Le psy expliqué aux nuls…

« Deux moi », le dernier film de Cedric Klapisch… Je n’ai pas adoré ce film. Question de génération, j’en suis certain, si j’en juge par les critiques majoritairement positives sur Allo Ciné. L’histoire est belle, pourtant, avec deux acteurs qui ont une présence. Mais le film est lent, très lent…

Il enfonce des portes ouvertes sur la nécessaire ouverture d’esprit sur autrui et la réconciliation avec soi-même pour aller au devant des autres. Comme si Continuer la lecture de Le psy expliqué aux nuls…

OK Corall familial…

Je suis resté un peu sidéré après le générique de fin de « Fête de famille ». Incapable de dire si j’avais aimé ou pas. Encore sous le choc de la dureté des relations au sein de cette famille. « C’est du brutal » pour paraphraser les tontons flingueurs… Un film qui commence doucement comme du Tavernier d’un « Dimanche à la campagne » pour obliquer vers les règlements de compte d’un « Air de Famille », humour en moins…

Est-ce une nouvelle chronique douce-amère des hauts et des bas de la vie de famille ? Un film qui cherche l’adhésion du spectateur par un phénomène d’identification aux personnages ? Pas vraiment… Ou alors, c’est sérieusement se compliquer la tâche de commencer avec une fratrie composée d’une bipolaire sévèrement frappée et d’un looser pathétique en tout point horripilant. Ce film dégage, en tout cas, une tension croissante. Continuer la lecture de OK Corall familial…

Quand Cannes se fait piéger…

Une palme d’or consensuelle, voilà qui est rare !… Je crois que la dernière fois, c’était pour « la Vie d’Adèle » en 2013, si ma mémoire est bonne. Il est vrai que cette fois-ci, Cannes a touché juste avec « Parasite » comme Palme d’or. Ce film est non seulement déroutant, il est surtout inclassable… Cela part dans tous les sens ! Le spectateur se fait balloter par un scénario en montagnes russes qui est de ceux qui font aimer le cinéma.

Une famille de pieds nickelés, chômeurs tendance « paresseux comme des loutres » trouve le moyen de vivre ( bien ) au crochet d’une riche famille un peu crédule. Tous ces « parasites » s’inventent des compétences diverses et variées pour servir chaque membre de la famille selon ses attentes. Pas vraiment de quête de nouveaux départs chez ces quatre zozos. C’est plutôt la vénération du veau d’or qui motive cette famille de joyeux arnaqueurs. Jusqu’au jour où ils se retrouvent tous dans la superbe propriété d’architecte de leurs nouveaux patrons, en l’absence de leurs occupants, pour fêter leur belle supercherie. Mais ils vont faire quelques découvertes surprenantes… Continuer la lecture de Quand Cannes se fait piéger…

Tarantino intime…

C’est connu, Quentin Tarantino est un grand cinéphile, un des plus passionnés en tout cas et dans ce film « Once upon a time in Hollywood », il tente de nous faire partager son amour du cinéma. C’est sans conteste son film le plus personnel. On retrouve, dans ce film, ce qui a fait vibrer le jeune Quentin-enfant quand il ressentait les palpitations du spectateur, devant des westerns notamment. Il y a des extraits de films, des bandes annonces, des scènes se passant dans une salle obscure et beaucoup de ce qu’on se représente des coulisses d’Hollywood.

Dans le même temps, Tarantino célèbre un temps où les images avaient du poids, où la lecture et la radio occupaient les esprits avec fraîcheur, très loin de la saturation et de l’overdose d’images de notre époque. Ce film est un manifeste nostalgique pour l’âge d’or du cinéma,et la période d’insouciance qui l’a accompagnée. Jusqu’à un certain jour d’août 1969 où le massacre de Sharon Tate et de quelques amis a fait perdre au milieu du cinéma la candeur des origines. Continuer la lecture de Tarantino intime…

Le petit monde élégant de Pagnol

La trilogie de Pagnol est universellement connue. Marius-Fanny-Cesar nous sont intimement familiers. Le plus souvent d’ailleurs sans véritablement connaître les films. Des films en noir et blanc des années 30, vous pensez bien, Madame, c’est un peu désuet… Alors, on pense à eux autrement, en jouant aux cartes par exemple avec cette savoureuse réplique dans le film Marius « tu me fends le coeur ! ». Raimu y est exceptionnel…

Dans cette chronique familiale marseillaise, chef d’oeuvre d’émotion du grand Marcel Pagnol, j’ai une tendresse particulière pour le dernier, « Cesar ». Le film tourné en 1936 visait à donner une suite, alors que les précédents opus avaient été de grands succès. Pagnol l’avait écrit en urgence.

Le talent est là Continuer la lecture de Le petit monde élégant de Pagnol

Yesterday : une vie sans les Beatles ?

Yesterday est un film qui exploite la veine des films musicaux, dans la poursuite de Bohemian Rhapsody ou du récent Elton John. Ici ce sont les Beatles que l’on honore. Mais en les faisant disparaître de l’Histoire, pour voir quel serait l’état du monde sans leur bénéfique influence.

Pourquoi pas après tout ? On est habitué à une part de science-fiction dans les scénarios d’aujourd’hui. Et puis, imaginer l’accueil que l’on ferait aux mélodies des « Fabulous Four » si on devait les redécouvrir, cela pouvait faire une histoire sympatoche… Continuer la lecture de Yesterday : une vie sans les Beatles ?

« Roxane », Cyrano au poulailler…

Faire son premier long métrage à 28 ans, c’est audacieux… Une audace pas vraiment partagée par les distributeurs qui réservent peu d’écrans à ce premier film. Pourtant le public aime, et c’est déjà une première revanche pour une jeune femme, Mélanie Auffret qui a mis dans l’exercice tout son coeur.

Certes la jeune réalisatrice surfe sur une vague sociétale très forte, le retour aux valeurs simples, au bien-manger, à l’exploitation extensive de la terre qui rémunère correctement ses artisans. Tout cela est très dans l’air du temps, mais Mélanie le fait avec beaucoup de tact et de finesse. Très loin du discours militant des écolos anti-consuméristes enragés.

Roxane est, au contraire, Continuer la lecture de « Roxane », Cyrano au poulailler…

Casse-pipes entre potes…

Chamboultout, voilà un joli titre !…

Un titre qui fait penser à ce jeu de fête foraine où l’on s’ingénie à faire chuter les têtes des personnages à coup de boules. Il y a un peu de cela dans le film autour d’une histoire bien ficelée d’un homme ( José Garcia ) ayant perdu la vue et tout sens de la retenue, à la suite d’un accident. Du coup, il assène des phrases assassines à tout son entourage, sans pudeur ni vernis social, la cécité l’ayant rendu totalement auto-centré sur lui-même.

Sa femme, la délicieuse Alexandra Lamy tente bien de l’entourer de son affection, mais elle a un peu baissé les bras, en tombant dans ceux d’un amant de passage, ce qui lui fait bien mieux accepter l’épreuve. En plus, Continuer la lecture de Casse-pipes entre potes…

« Coeurs ennemis », prêt à porter du cinéma…

Pour une fois, le titre du film a été francisé… Et objectivement « Coeurs ennemis » est beaucoup plus parlant que « The aftermath ». Il serait temps que nos censeurs du cinéma arrêtent d’avoir honte de notre langue. Ou de considérer l’anglais comme plus sexy…

« Coeurs ennemis », donc, est un film séduisant sur le papier. Une histoire d’amour entre un jeune veuf allemand et une anglaise, femme d’un colonel des troupes d’occupation britanniques juste après la guerre dans une Allemagne dévastée, il y a là matière à ouvrir une page d’Histoire avec un joli jeu d’acteurs, partagé entre deux langues saxonnes. Et puis, il a la divine Keira Knightley au générique, une actrice au regard lumineux et à la présence aussi douce que son patronyme est aride.

Hélas, trois fois hélas, Continuer la lecture de « Coeurs ennemis », prêt à porter du cinéma…

« Nous finirons ensemble », Ou pas ?

« Les petits mouchoirs » avaient été un grand succès. Il était prévisible qu’il y ait une suite… Sauf qu’un film aussi intimiste ne pouvait prétendre nous surprendre une seconde fois, malgré le plaisir réel de retrouver des personnages attachants.

Guillaume Canet a dû être conscient de cette gageure en construisant « Nous finirons ensemble », si bien que le bon chroniqueur d’un groupe de potes qui avait excellé dans son premier tableau, a durci le trait de son nouveau croquis en prenant du fusain à gros trait. Finis l’humour et l’insouciance. Place aux états d’âme existentiels de la quarantaine finissante!… Comme si l’amitié de ces zozos devait être compensée par des mal-êtres en cascade pour rentrer dans le moule d’une société en crise. Choix discutable sur le fond, mais aussi sur la forme, car une certaine forme d’exaspération du spectateur naît de l’outrance des situations. Continuer la lecture de « Nous finirons ensemble », Ou pas ?