Archives de catégorie : Cinema

Le tigre et le president

Film léger comme un voile de filigrane. Il s’imprègne heureusement dans votre conscient le temps de la projection pour être aussitôt oublié à la sortie. L’objectif est louable, sortir de l’anonymat un président de la république, Paul Deschanel, qui est rentré dans l’histoire uniquement pour une mésaventure rocambolesque, la chute d’un train. Un homme peut-il se résumer à si peu de choses ?

Certainement pas… Les pages Wikipedia sur Paul Deschanel sont d’ailleurs passablement longues. Il valait sans doute beaucoup mieux que ce que la postérité a retenu de lui. C’était assurément un homme de consensus, député moultes fois plébiscité dans sa région l’Eure et Loir, un politicien modéré dans une époque qui ne l’était pas, un homme aux grandes ambitions dans le domaine des idées, tout cela force déjà le respect. Cet inconnu qui réussit à battre à la régulière le candidat naturel à la présidence, auréolé de la victoire qu’était Georges Clémenceau, mérite assurément l’attention.

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Une degustation pleine de charme

Isabelle Carré au firmament… Cette actrice talentueuse a déjà une riche filmographie. Quelques jolis rôles notamment « Se souvenir des belles choses » ou le récent « Délicieux », mais jamais elle ne m’avait autant frappé que dans « La dégustation ». Voilà assurément un rôle peu glamour, celle d’Hortense, une catho solitaire, sous la coupe de sa mère, et vivant de plus en plus mal son célibat. Elle désespère d’avoir un enfant et s’apprête à partir en Espagne pour se faire inséminer sous aide médicale. Sauf qu’elle rencontre dans son magasin de vente de vins, Jacques, un garçon bourru ( Bernard Campan ) qui lui donne un dernier espoir de rencontre. Elle s’accroche comme à une bouée à cet alcoolique qui se laisse lentement apprivoiser par la farouche volonté de cette fille intrépide. Isabelle Carré est absolument touchante dans le rôle. Son visage expressif laisse transparaître les élans du coeur avec une vérité si criante que le film n’est plus film. Nous sommes dans la vie, dans la lutte pour ne plus vivre seule, dans la quête de l’âme soeur, dans la volonté de retrouver les rails d’une vie normée.

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ELVIS, un king reiNcarné

Dans la série « Biopic », nous n’avions pas eu encore « The King ». Une anomalie sans doute, tellement l’homme a marqué son époque. Mais qui pouvait donc bien prendre le rôle ? Un homme beau, au magnétisme animal, qui puisse communiquer la puissance sexuelle et vocale du plus gros vendeur de disques de tous les temps. Autant dire qu’un tel homme ne court pas les rues !…

Le choix d’Austin Butler a été audacieux et payant. Il faut dire que le jeune acteur a bossé dur pour rentrer dans la peau de son personnage. Au point qu’il a dû, après le tournage, se faire accompagner psychiquement parlant, tant le rôle l’avait vampirisé. Un tour de force !… C’est lui qui porte tout le film sur ses épaules. Il redonne vie à Elvis, il lui donne un corps et une âme, alors que ce dernier est pour beaucoup de nos contemporains comme une icône sur papier glacée. Et c’est passionnant…

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En corps, fievre de la peau

Je ne sais ce qui m’a fait passer à côté de ce film à sa sortie. Sans doute un titre un peu abscons, jeu de mot parfaitement compréhensible au regard de l’histoire, mais très ingrat pour attirer le chaland. Cela dit, je n’avais pas de vraies excuses car j’aime bien le réalisateur Cedric Klapisch et suis fidèle à ses dernières réalisations que je n’avais pas loupées. L’essentiel est de reconnaître ses torts, et de prendre le train en marche. Avec une note globale de 4,2 sur Allo Ciné, le film allèche le cinéphile récalcitrant. Bonne pioche !…

Le film est superbe.

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Vous reprendrez bien un peu de TOP GUN…

Quand on prend une place de cinéma avec Tom Cruise au générique, on sait que cela ne volera pas très haut ( eh bien si, cette fois ! ) et qu’il y aura de la baston et de l’adrénaline ( Oh oui !!! ). Top Gun, voilà bien du cinéma ricain à l’ancienne comme on l’aime, sans personnage de Marvel, ni super-pouvoirs, ni science-fiction de bazar. Pas besoin de cette débauche-là, nous reprenons un récit de 1986, époque où les personnages de cinéma restaient d’abord des hommes.

Trente cinq ans après, les héros sont fatigués ( Val Kimer à bout de souffle ), le temps a passé, sauf sur les traits de Tom Cruise, aussi « jeune premier » que dans la première édition. Comment fait-il ? Il déambule sa belle gueule d’aviateur fou avec toujours autant de charme et d’entrain. Et peut-être, un peu moins d’arrogance, car l’âge est aux States comme une maladie honteuse. Les jeunes coqs piaffant dans la basse-cour de l’école des pilotes sont sans pitié pour les « vieux machins ». C’est l’école de la testosterone, avec une fille, un black, un hispanique, et même un wasp horripilant d’arrogance. Toute la grande famille US est rassemblée. Ironie mise à part, le scénario est simpliste, mais laisse à l’histoire matière à se construire par des belles images de combat virtuel et de voltige à toute berzinc…

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Le temps des secrets

Le temps des secrets, tout le monde connaît ce formidable livre de Marcel Pagnol où il a consigné ses premiers émois amoureux avec la sensibilité unique qui était la sienne. Nous sommes tous tombés amoureux d’une Isabelle Cassignol au point d’en perdre le sommeil et la raison. Pagnol avait su si bien décrire la palpitation d’un coeur de douze ans devant une jeune beauté arrogante et sûre d’elle-même.

Christophe Barratier s’est attaqué au roman pour en faire un joli film bien léché, s’inscrivant dans les mêmes lieux que les films d’Yves Robert des années 90 ( la gloire de mon père et le château de ma mère ). On s’inscrit dans les pas de grands succès du box office, avec des acteurs presque mimétiques, comme pour faire une suite. Ce manque d’authenticité se ressent au début, où l’absence d’accent des personnages et leurs costumes flambants neufs donnent une apparence un peu scolaire au récit. Le film se laisse regarder, mais il y manque l’étincelle du génie d’Yves Robert.

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Belfast ou grandir sous tension

Quel joli film… Un film à la hauteur d’un enfant. Un récit décousu et puéril. Regarder des événements historiques par le regard d’un enfant est nécessairement réducteur. C’est de l’histoire en version rase-moquette, incomplète, partielle, subjective et superficielle. Mais cela peut provoquer parfois des étincelles de génie ( j’ai particulièrement en mémoire le mémorable « Tambour » de Volker Schlöndorff ).

Ici, Kenneth Branagh a des ambitions plus modestes. Il ne fait pas mystère qu’il est allé chercher dans ses souvenirs personnels, quand il avait neuf ans. Sa vision de Belfast est réduite à sa rue; les tensions communautaires entre protestants et catholiques sont violentes, mais constituent juste un décor; l’enfant lui ne regarde que la jolie petite blonde de sa classe, et les événements de Belfast qu’il mate de ses deux billes écarquillées, l’inquiètent d’abord car il voit que cela angoisse ses deux parents.

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Batailles pour un gland

L’orage est menaçant, le vent souffle fort, et la peur est générale. Soudain le grondement du ciel se fait entendre, avec un déluge de pluie. C’est la panique. Tous affrontent stoïquement les cataractes de pluie, certains se battent contre la montée des eaux et finissent par se noyer… Une catastrophe comme on en connaît parfois sur terre. Sauf que les victimes sont cette fois des petits animaux habitants d’un grand chêne et que la caméra s’est faite complice de l’infiniment petit.

« Le Chêne » est le récit de la vie sur chêne, une vie très loin des chaînes et de la presse. Mais c’est la Vie au superlatif, celle du substrat de notre planète que nous-autres bipèdes à tête pensante avons tendance à négliger, quand ce n’est pas détruire.

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Recit d’une désindustrialisation en route

Vincent Lindon, en début de film, court sur son tapis de salle de sport. Il fait tout pour rester dans la course. Il court, il court au point de passer à côté de sa vie de famille. Une vie de professionnelle de fou que l’on ne souhaite à personne… « Un autre monde » raconte finalement sa sortie de route, alors même qu’il est un bon petit soldat au service de sa boite, filiale d’une boite américaine sans âme.

Voilà un récit poignant qui est très français dans sa trame, avec la dénonciation du sur-travail et des dérives du capitalisme. Une dénonciation très juste, au demeurant, dans le ton et dans la forme, mais qui rend un peu mal à l’aise au pays des 35 h et des vacances multiples. Ce film ne réconciliera pas, c’est sûr, les Français avec le monde de l’entreprise et de l’industrie. Une industrie qui n’existe quasiment plus chez nous, mais ça est une autre histoire qui mériterait un film à part entière.

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West side story, le Retour

Non-nécessaire, mais admirable. Daté et désuet, mais très moderne dans son propos. Superflu et redondant, mais déjà indispensable… Les pensées ambivalentes s’entrechoquent à la sortie du nouveau West Side Story. C’est a priori une mission impossible de vouloir refaire un chef d’oeuvre. C’est comme suivre l’empreinte de géants, avec nos pieds de nabots contemporains. Sauf quand il y a Steven Spielberg aux manettes… Le magicien d’Hollywood a encore frappé. Son film est époustouflant…

Spielberg a été assez malin pour ne pas faire une version contemporaine de ce récit mythique. Il a préféré le laisser dans son jus, en recollant parfaitement à l’esprit des années 50. Il a ainsi calqué la poésie du modèle, tout en montrant que les combats pour l’identité et l’appartenance, sont toujours diablement d’actualité. Pour le spectateur Européen, c’est un vrai bonheur de relire les sous-titres des chansons de ce ballet de rues. Quelle puissance ! Et au vu des débats qui déchirent actuellement la société américaine, on comprend que Spielberg ait trouvé opportun d’astiquer l’éclat de ce film mythique. Les décors de rue et les couleurs vives des costumes sont un enchantement. Les jeunes comédiens sont épatants et d’une aisance folle devant la caméra. La chorégraphie est enfin envoutante et aérienne. Bref, Spielberg réussit le tour de force de quasi éclipser l’original. Le spectateur repart avec les mélodies des choeurs du film qui résonnent dans les têtes et dans les coeurs. Cela change du bruit force 8 et des boum boum des bandes annonces qui l’ont précédé. Merci Steven…

Si on chantait

Ce film ne va pas révolutionner le genre, il est très convenu dans son histoire, et utilise les grosses ficelles pour susciter l’empathie. Je comprends qu’on puisse ne pas aimer cette débauche de bons sentiments. « Si on chantait » surfe sur la vague de l’émission-vedette « N’oubliez pas les paroles » qui a fait du chant un facteur de cohésion inter-générationnelle. Le film dégage une telle énergie qu’on ne peut s’empêcher de vibrer à cette histoire de pieds nickelés du chant qui essayent de se sortir du marasme d’une région en crise. Le chant comme exutoire des soucis du quotidien, comment ne pas adhérer à la chose ?

Quand, en plus, c’est fait par un artisan du cinéma qui humblement a voulu rendre hommage à sa région en crise et à la résilience de ses habitants, le spectateur aurait mauvaise grâce à contester l’authenticité du message. Il n’a donc pas d’autres choix que de se laisser porter par l’entrain de trois acteurs parfaitement en harmonie avec l’histoire, avec, en cadeau Bonux, la prestation étonnante d’un Clovis Cornillac en « looser » magnifique.

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UN duel pour l’Honneur

Le Dernier Duel a un grand mérite : placer son action au Moyen Age, en 1386 sous le règne de Charles VI dit le Fou, qui était encore tout jeune au moment des faits. Car l’histoire qui nous est racontée est une histoire vraie, une histoire de duel entre deux seigneurs dont l’un Jacques Le Gris a déshonoré la femme de l’autre, Jean de Carrouges. Un duel sauvage a lieu, au final, qui met un terme à un procès dégradant pour la jeune épouse, où celle-ci remet finalement son destin ( et sa vie ) aux aléas d’un combat singulier entre les deux protagonistes. Face au doute des Hommes, Dieu montrera la vérité !…

Le côté barbare des enjeux de ce duel est un beau baromètre de la violence d’une époque où les femmes ne pesaient rien, et les hommes n’avaient pas d’autre ambitions que de guerroyer et de détrousser des filles. Le film rend bien compte de l’époque, avec une belle photo qui imprègne la rétine assez durablement pour mettre le spectateur mal à l’aise. Tout vibrillonne de manière forte, des combats sanglants , des disputes autour de terres, des échanges tout en tension…

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Illusions Perdues de tout temps

« Il devait cesser d’espérer et continuer à vivre », telle est la dernière phrase du film ( du livre ? ) et elle résume bien le caractère désenchanté et le jeu de faux semblant matiné de cynisme dans lequel nous plonge cette superbe évocation du roman de Balzac. Ah que ce roman est contemporain dans sa dénonciation d’un monde vain, qui ne s’attache qu’à l’écume des choses !… J’ai vraiment exulté à certains passages tant ils semblaient adaptés à notre monde contemporain. Rien ne bouge à travers les époques, et notamment la puissance de l’argent, la vacuité des êtres, la vanité, l’égocentrisme, l’absence de morale, le plaisir de salir et de tuer par les mots. Un joli melting-pot de tout ce qui fait la laideur de l’âme humaine, et que Balzac, grand contempteur des travers de son siècle, dénonce avec une volupté exubérante.

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Une autre statuE qui chute…

Un James Bond, reflet parfait de notre époque !… Voilà ce qui me vient à l’esprit à la sortie de ce film qui m’a désarçonné. Que peut-on attendre d’une société qui a abattu une statue de Napoleon pour y mettre celle de Gisèle Halimi ?… De poursuivre, bien sûr, le travail de sape commencé dans l’optique de déboulonner toutes les anciennes idoles… Bond, le coureur de jupons, rentre dans le rang et devient un homme fidèle, au point de prendre une décision ultime pour rester fidèle à cet amour. Il aspire à une vie bien tranquille, et le numéro d’agent du MI6 qui lui était dévolu, est maintenant détenu par une femme noire. Suprême outrage : l’agent le plus British qui soit, offre ses services à la CIA… Un dynamitage dans les règles !…

Disons-le clairement, nous ne sommes plus dans l’espionnite souriante et insouciante qui a marqué nos jeunes années, un homme fort et « unbeatable » dont nous suivions les aventures avec jouissance, sans vraiment y croire…

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Tralala, youpie !…

A quoi sert le cinéma, sinon nous procurer quelques moments furtifs de bonheur ? Des petits moments qui vous chatouillent tous les sens, et qui sont d’autant plus puissants qu’ils vous surprennent dans votre petite routine de spectateur blasé. Ah, ce que ce film fait du bien !… Je crois que je le reverrai avec plaisir, ne serait-ce que par le côté entraînant et hypnotique de quelques scènes. Ce « Tralala » est une petite musique, d’abord assez aride, qui n’emporte pas une adhésion immédiate. Mais elle se propage comme une mélopée pour vous entraîner dans une farandole improbable. C’est difficile de ne pas céder au charme des interprètes, Matthieu Almaric en tête, étonnant en hurluberlu hirsute, Josiane Balasko en mère portée sur la chansonnette mais aussi une révélation, Bertrand Belin à la voix rauque qui vous embarque….

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Boite Noire, un film tripant

Le cinéma français s’émancipe… Il y a quelques années, personne n’aurait osé attaquer un film aussi ambitieux, et quand bien même, cela aurait été le cas, on l’aurait tourné en anglais et appelé « black box » pour faire plus sérieux… Ce film surprend donc, car il sort des rails balisés du film de chez nous, sans grands moyens. C’est un film « grand spectacle » à l’image du récent et excellent « Chant du Loup ».

Un krach d’avion est toujours un drame. Cela suscite plein de questions, pour savoir, pour comprendre, pour éviter que cela ne se reproduise. L’utilisateur occasionnel ou régulier d’avions de ligne veut se rassurer, tout en pensant à ces passagers infortunés qui ont vécu l’enfer. Aussi, approcher le problème sous l’angle du BEA, l’organisme de la sécurité aérienne qui audite les krachs, est une excellente idée. Il n’y a rien de plus fédérateur. Nous nous sommes toujours demandés ce que révèlent ces boites noires qui retranscrivent les derniers instants des pilotes.

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Des heros maltraités

« Des héros maltraités », tel pourrait être le titre de ce film choc, plutôt que ce « Bac Nord » un peu froid qui fait référence au jargon policier pour définir cette unité de police. Car ce film est puissant autant dans sa dimension psychologique que dans son action. Il y est question du ressenti de policiers face à la perception de leur métier. Un métier qu’on croit connaître en se gavant d’images d’enquêtes policières policées sur les chaînes grand public, mais qui se révèle être tout autre au quotidien, notamment dans les quartiers les plus chauds de Marseille. Là-bas, c’est une zone de non-droit, un no man’s land judiciaire, une république de la drogue et des combines… Le film, par son hyper-réalisme, donne une image effrayante de ces banlieues. Je suis resté abasourdi par ces scènes de guérilla urbaine, même si dans une volonté de non-stigmatisation d’une communauté, le réalisateur prend soin de ne pas faire « trop » parler les armes. Quoi qu’il en soit, est-ce bien là ce qu’est devenu le pays de Marcel Pagnol ?…

Il est vrai que le film repose sur une histoire vraie, avec des policiers révoqués en 2012 pour des pratiques contraires à la Loi.

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