Archives de catégorie : Cinema

TEMPETE POUR TOUS

Ce film aurait pu être un film pour midinettes de quinze ans, abonnées transies à « Cheval Magazine » et attendant leur prochaine séance d’équitation avec impatience. Dieu merci, il n’est pas que cela. Il parle aux non-initiés du monde du cheval avec chaleur et simplicité, en les faisant entrer dans les cercles du monde hippique sans l’exaltation démonstrative, commune à cette communauté. Une réussite de ce point de vue.

Bien sûr, le début est très caricatural, avec cette séance de mise-bas collective, canasson et humains dans la même stalle. On se demande quel homme accepterait que sa femme accouche accroupie dans une écurie, au milieu de la paille et du purin. De plus, compte tenu du cycle de vie différent entre humains et chevaux, la recherche d’une complicité née de cette naissance conjointe entre la jeune héroïne et son cheval ne mène pas à grand chose: c’est sur un autre cheval que la jeune cavalière va finalement se révéler…

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MASCARADE SOUS LE SOLEIL

Nicolas Bedos nous avertit en préambule de son film : la Côte d’Azur est une région triste… Le soleil attire les oisifs comme un aimant, en particulier les très riches, et avec eux une nuée de piques-assiettes qui essayent d’avoir une part du rêve éveillé que constitue leur étalage de richesses.

Avec un tel postulat, le spectateur sait ce qui l’attend : une débauche de cynisme, de combines, de personnages manipulateurs, et d’être faux, tous en adoration pour le veau d’or. Ce parti-pris peut gêner, mais une fois accepté, force est de reconnaître que le réalisateur nous rend une copie solide. Les personnages y sont plus vrais que nature, le gigolo Niney affreux comptable de ses sentiments, la provocante Marine Vacth retorse à souhait, la belle Laura Morante en quête de revanche…

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MANIFESTE DE FOI

« Reste un peu » est un film très audacieux. Parler de religion n’est, en effet, pas naturel au pays de la laïcité, qui plus est quand on prend le parti de la « religion opprimante », le christianisme, celle qu’on voudrait cachée et dont beaucoup de membres ne s’assument pas.

Gad Elmaleh fait preuve d’une grande sincérité dans son propos en parlant de « grâce » de « rencontre » de « cheminement », très loin du prosélytisme, en montrant simplement que la foi n’est pas un enfermement mental, mais une ouverture sur soi, sur la spiritualité, sur les autres aussi… Gad exprime simplement ses questionnements, sans rejeter les siens, et le choix d’associer ses parents au film est, de ce point de vue, un choix fort. La confrontation de deux univers qui se méconnaissent et cohabitent sans relations offre un cadre de réflexion stimulant, l’humour de Gad en sus. On sourit et on rit souvent.

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COULEURS DE L’INCENDIE

Les romans de Pierre Lemaitre sont une telle perfection romanesque qu’il n’était pas pensable que le cinéma ne se penchât pas à nouveau sur cette belle histoire de Monte-Cristo au féminin. La revanche est un si beau moteur des passions humaines. Déjà « Au revoir, là-haut » avait marqué les esprits avec cette flamboyante gueule-cassée de retour du front qui se venge de tous les planqués de l’arrière qui l’ont envoyé au casse-pipe. Il y avait là matière à un beau scénario, avec l’aide de l’auteur, très impliqué.

Clovis Cornillac, l’acteur, s’applique donc à mettre en images ce fabuleux récit de spoliation d’héritage dans les années 30, au détriment d’une faible femme trop confiante. Il le fait avec beaucoup d’intensité, et le renfort de bons acteurs, tous excellents dans leurs rôles, notamment Olivier Gourmet, en beau-frère couard et Jeremy Lopez en journaliste véreux. L’image est belle, les lieux majestueux à souhait, la reconstitution historique minutieuse, à part quelques détails mineurs comme ces plots anti-voitures devant l’Assemblée Nationale. Le spectateur se laisse happer par un récit fluide, à l’ancienne, où l’objectif est de rester fidèle à la trame du roman. Ça marche !…

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Un « Novembre » sinistre

Il y a sept ans, nous passions nos journées devant les écrans pour essayer de comprendre, et de capter des images de ce qui se tramait. Pris dans le feu d’une action qui les dépassait, les journalistes nous délivraient des images pauvres, statiques, répétitives… Et pourtant, nous restions scotchés à nos écrans dans une grande catharsis collective pour tenter d’exorciser le mal. Cela faisait du bien de nous sentir ensemble, de sentir, au delà de nos différences, tout ce qui nous rapprochait. Nous savions que notre communauté était touchée au coeur et que tous ceux qui étaient au service de notre défense étaient totalement mobilisés. Mais qu’aurions-nous donné alors pour être dans le secret de leurs engagements !..

Ce film « Novembre » vise à répondre à nos questions. Nous lever le voile sur l’enquête, ces quelques jours intenses où le pays, pris en otage, bandait tous ses muscles pour sortir de l’étau. Reconnaissons-le, il le fait bien.

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Chronique d’une liaison passagere

Je suis fan d’Emmanuel Mouret. Ses précédents films Mademoiselle de Joncquieres et Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait m’ont convaincu qu’il était un expert du chassé-croisé amoureux. Je me suis donc laissé embarquer dans sa Chronique avec béatitude.

Cela tombe bien, le film commence sur les chapeaux de roues avec deux inconnus qui se déclarent leur flamme. Sauf que c’est la chronique d’un adultère entre une femme entreprenante qui n’a pas froid aux yeux ( merveilleuse Sandrine Kiberlain ) et un homme marié, pataud, maladroit, peu sûr de lui qui se laisse emporter presque à contre-coeur dans l’aventure ( Vincent Macaigne, si peu sexy, mais parfait dans le rôle ). Ces deux-là ont décidé de laisser parler leurs épidermes, indépendamment des sentiments et des conventions sociales. Une exultation des corps qui cherche à s’affranchir des émotions du coeur.

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Le tigre et le president

Film léger comme un voile de filigrane. Il s’imprègne heureusement dans votre conscient le temps de la projection pour être aussitôt oublié à la sortie. L’objectif est louable, sortir de l’anonymat un président de la république, Paul Deschanel, qui est rentré dans l’histoire uniquement pour une mésaventure rocambolesque, la chute d’un train. Un homme peut-il se résumer à si peu de choses ?

Certainement pas… Les pages Wikipedia sur Paul Deschanel sont d’ailleurs passablement longues. Il valait sans doute beaucoup mieux que ce que la postérité a retenu de lui. C’était assurément un homme de consensus, député moultes fois plébiscité dans sa région l’Eure et Loir, un politicien modéré dans une époque qui ne l’était pas, un homme aux grandes ambitions dans le domaine des idées, tout cela force déjà le respect. Cet inconnu qui réussit à battre à la régulière le candidat naturel à la présidence, auréolé de la victoire qu’était Georges Clémenceau, mérite assurément l’attention.

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Une degustation pleine de charme

Isabelle Carré au firmament… Cette actrice talentueuse a déjà une riche filmographie. Quelques jolis rôles notamment « Se souvenir des belles choses » ou le récent « Délicieux », mais jamais elle ne m’avait autant frappé que dans « La dégustation ». Voilà assurément un rôle peu glamour, celle d’Hortense, une catho solitaire, sous la coupe de sa mère, et vivant de plus en plus mal son célibat. Elle désespère d’avoir un enfant et s’apprête à partir en Espagne pour se faire inséminer sous aide médicale. Sauf qu’elle rencontre dans son magasin de vente de vins, Jacques, un garçon bourru ( Bernard Campan ) qui lui donne un dernier espoir de rencontre. Elle s’accroche comme à une bouée à cet alcoolique qui se laisse lentement apprivoiser par la farouche volonté de cette fille intrépide. Isabelle Carré est absolument touchante dans le rôle. Son visage expressif laisse transparaître les élans du coeur avec une vérité si criante que le film n’est plus film. Nous sommes dans la vie, dans la lutte pour ne plus vivre seule, dans la quête de l’âme soeur, dans la volonté de retrouver les rails d’une vie normée.

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ELVIS, un king reiNcarné

Dans la série « Biopic », nous n’avions pas eu encore « The King ». Une anomalie sans doute, tellement l’homme a marqué son époque. Mais qui pouvait donc bien prendre le rôle ? Un homme beau, au magnétisme animal, qui puisse communiquer la puissance sexuelle et vocale du plus gros vendeur de disques de tous les temps. Autant dire qu’un tel homme ne court pas les rues !…

Le choix d’Austin Butler a été audacieux et payant. Il faut dire que le jeune acteur a bossé dur pour rentrer dans la peau de son personnage. Au point qu’il a dû, après le tournage, se faire accompagner psychiquement parlant, tant le rôle l’avait vampirisé. Un tour de force !… C’est lui qui porte tout le film sur ses épaules. Il redonne vie à Elvis, il lui donne un corps et une âme, alors que ce dernier est pour beaucoup de nos contemporains comme une icône sur papier glacée. Et c’est passionnant…

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En corps, fievre de la peau

Je ne sais ce qui m’a fait passer à côté de ce film à sa sortie. Sans doute un titre un peu abscons, jeu de mot parfaitement compréhensible au regard de l’histoire, mais très ingrat pour attirer le chaland. Cela dit, je n’avais pas de vraies excuses car j’aime bien le réalisateur Cedric Klapisch et suis fidèle à ses dernières réalisations que je n’avais pas loupées. L’essentiel est de reconnaître ses torts, et de prendre le train en marche. Avec une note globale de 4,2 sur Allo Ciné, le film allèche le cinéphile récalcitrant. Bonne pioche !…

Le film est superbe.

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Vous reprendrez bien un peu de TOP GUN…

Quand on prend une place de cinéma avec Tom Cruise au générique, on sait que cela ne volera pas très haut ( eh bien si, cette fois ! ) et qu’il y aura de la baston et de l’adrénaline ( Oh oui !!! ). Top Gun, voilà bien du cinéma ricain à l’ancienne comme on l’aime, sans personnage de Marvel, ni super-pouvoirs, ni science-fiction de bazar. Pas besoin de cette débauche-là, nous reprenons un récit de 1986, époque où les personnages de cinéma restaient d’abord des hommes.

Trente cinq ans après, les héros sont fatigués ( Val Kimer à bout de souffle ), le temps a passé, sauf sur les traits de Tom Cruise, aussi « jeune premier » que dans la première édition. Comment fait-il ? Il déambule sa belle gueule d’aviateur fou avec toujours autant de charme et d’entrain. Et peut-être, un peu moins d’arrogance, car l’âge est aux States comme une maladie honteuse. Les jeunes coqs piaffant dans la basse-cour de l’école des pilotes sont sans pitié pour les « vieux machins ». C’est l’école de la testosterone, avec une fille, un black, un hispanique, et même un wasp horripilant d’arrogance. Toute la grande famille US est rassemblée. Ironie mise à part, le scénario est simpliste, mais laisse à l’histoire matière à se construire par des belles images de combat virtuel et de voltige à toute berzinc…

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Le temps des secrets

Le temps des secrets, tout le monde connaît ce formidable livre de Marcel Pagnol où il a consigné ses premiers émois amoureux avec la sensibilité unique qui était la sienne. Nous sommes tous tombés amoureux d’une Isabelle Cassignol au point d’en perdre le sommeil et la raison. Pagnol avait su si bien décrire la palpitation d’un coeur de douze ans devant une jeune beauté arrogante et sûre d’elle-même.

Christophe Barratier s’est attaqué au roman pour en faire un joli film bien léché, s’inscrivant dans les mêmes lieux que les films d’Yves Robert des années 90 ( la gloire de mon père et le château de ma mère ). On s’inscrit dans les pas de grands succès du box office, avec des acteurs presque mimétiques, comme pour faire une suite. Ce manque d’authenticité se ressent au début, où l’absence d’accent des personnages et leurs costumes flambants neufs donnent une apparence un peu scolaire au récit. Le film se laisse regarder, mais il y manque l’étincelle du génie d’Yves Robert.

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Belfast ou grandir sous tension

Quel joli film… Un film à la hauteur d’un enfant. Un récit décousu et puéril. Regarder des événements historiques par le regard d’un enfant est nécessairement réducteur. C’est de l’histoire en version rase-moquette, incomplète, partielle, subjective et superficielle. Mais cela peut provoquer parfois des étincelles de génie ( j’ai particulièrement en mémoire le mémorable « Tambour » de Volker Schlöndorff ).

Ici, Kenneth Branagh a des ambitions plus modestes. Il ne fait pas mystère qu’il est allé chercher dans ses souvenirs personnels, quand il avait neuf ans. Sa vision de Belfast est réduite à sa rue; les tensions communautaires entre protestants et catholiques sont violentes, mais constituent juste un décor; l’enfant lui ne regarde que la jolie petite blonde de sa classe, et les événements de Belfast qu’il mate de ses deux billes écarquillées, l’inquiètent d’abord car il voit que cela angoisse ses deux parents.

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Batailles pour un gland

L’orage est menaçant, le vent souffle fort, et la peur est générale. Soudain le grondement du ciel se fait entendre, avec un déluge de pluie. C’est la panique. Tous affrontent stoïquement les cataractes de pluie, certains se battent contre la montée des eaux et finissent par se noyer… Une catastrophe comme on en connaît parfois sur terre. Sauf que les victimes sont cette fois des petits animaux habitants d’un grand chêne et que la caméra s’est faite complice de l’infiniment petit.

« Le Chêne » est le récit de la vie sur chêne, une vie très loin des chaînes et de la presse. Mais c’est la Vie au superlatif, celle du substrat de notre planète que nous-autres bipèdes à tête pensante avons tendance à négliger, quand ce n’est pas détruire.

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Recit d’une désindustrialisation en route

Vincent Lindon, en début de film, court sur son tapis de salle de sport. Il fait tout pour rester dans la course. Il court, il court au point de passer à côté de sa vie de famille. Une vie de professionnelle de fou que l’on ne souhaite à personne… « Un autre monde » raconte finalement sa sortie de route, alors même qu’il est un bon petit soldat au service de sa boite, filiale d’une boite américaine sans âme.

Voilà un récit poignant qui est très français dans sa trame, avec la dénonciation du sur-travail et des dérives du capitalisme. Une dénonciation très juste, au demeurant, dans le ton et dans la forme, mais qui rend un peu mal à l’aise au pays des 35 h et des vacances multiples. Ce film ne réconciliera pas, c’est sûr, les Français avec le monde de l’entreprise et de l’industrie. Une industrie qui n’existe quasiment plus chez nous, mais ça est une autre histoire qui mériterait un film à part entière.

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West side story, le Retour

Non-nécessaire, mais admirable. Daté et désuet, mais très moderne dans son propos. Superflu et redondant, mais déjà indispensable… Les pensées ambivalentes s’entrechoquent à la sortie du nouveau West Side Story. C’est a priori une mission impossible de vouloir refaire un chef d’oeuvre. C’est comme suivre l’empreinte de géants, avec nos pieds de nabots contemporains. Sauf quand il y a Steven Spielberg aux manettes… Le magicien d’Hollywood a encore frappé. Son film est époustouflant…

Spielberg a été assez malin pour ne pas faire une version contemporaine de ce récit mythique. Il a préféré le laisser dans son jus, en recollant parfaitement à l’esprit des années 50. Il a ainsi calqué la poésie du modèle, tout en montrant que les combats pour l’identité et l’appartenance, sont toujours diablement d’actualité. Pour le spectateur Européen, c’est un vrai bonheur de relire les sous-titres des chansons de ce ballet de rues. Quelle puissance ! Et au vu des débats qui déchirent actuellement la société américaine, on comprend que Spielberg ait trouvé opportun d’astiquer l’éclat de ce film mythique. Les décors de rue et les couleurs vives des costumes sont un enchantement. Les jeunes comédiens sont épatants et d’une aisance folle devant la caméra. La chorégraphie est enfin envoutante et aérienne. Bref, Spielberg réussit le tour de force de quasi éclipser l’original. Le spectateur repart avec les mélodies des choeurs du film qui résonnent dans les têtes et dans les coeurs. Cela change du bruit force 8 et des boum boum des bandes annonces qui l’ont précédé. Merci Steven…

Si on chantait

Ce film ne va pas révolutionner le genre, il est très convenu dans son histoire, et utilise les grosses ficelles pour susciter l’empathie. Je comprends qu’on puisse ne pas aimer cette débauche de bons sentiments. « Si on chantait » surfe sur la vague de l’émission-vedette « N’oubliez pas les paroles » qui a fait du chant un facteur de cohésion inter-générationnelle. Le film dégage une telle énergie qu’on ne peut s’empêcher de vibrer à cette histoire de pieds nickelés du chant qui essayent de se sortir du marasme d’une région en crise. Le chant comme exutoire des soucis du quotidien, comment ne pas adhérer à la chose ?

Quand, en plus, c’est fait par un artisan du cinéma qui humblement a voulu rendre hommage à sa région en crise et à la résilience de ses habitants, le spectateur aurait mauvaise grâce à contester l’authenticité du message. Il n’a donc pas d’autres choix que de se laisser porter par l’entrain de trois acteurs parfaitement en harmonie avec l’histoire, avec, en cadeau Bonux, la prestation étonnante d’un Clovis Cornillac en « looser » magnifique.

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