Rien n’est mieux que la marche à pied pour découvrir une région. Le cheminement tranquille du marcheur est, à mes yeux, le meilleur tempo pour s’imprégner de son environnement. A pied, vous ne laissez rien passer. Le moindre paysage se révèle à vous, en évoluant imperceptiblement au rythme de vos pas. Comme un diamant qui tournerait vers vous chacune de ses facettes pour donner une image d’ensemble pleine et entière. Ainsi les gentianes du bord de chemin participent aussi bien à la plénitude du moment que les superbes vues d’ensemble à partir d’un point haut. La mousse d’un arbre, le lit asséché d’une rivière, les ruines d’une vieille bâtisse en pierre, le chant d’un rossignol, le petit mur qui jalonne le sentier… Tout concourt à donner au marcheur un atout primordial, celui de communier avec cette nature dont nos vies sédentaires nous tiennent si éloignés.
Quand la techno permet toutes les folies, on s’autorise toutes les audaces… Attaquer le « Livre de la Jungle » en était une, car nous avons tous gravés dans notre inconscient les aventures de Mowgli. Celles du dessin animé bien sûr, car le livre de Rudyard Kipling est comparativement moins connu. Le risque était grand de casser un mythe, avec un film sortant trop des rails de l’histoire. De ce point de vue, pas d’erreur. On est en territoire connu. Tous les personnages sont là, et les scènes suivent, à peu de choses près, les péripéties du dessin animé ( sauf pour la scène des vautours qui est passée à l’as, ça m’a troublé !). La techno est là, parfaite dans sa maîtrise, et elle fait vivre Baghera, Akela, Baloo, Kaa, SherKahn, comme de vrais acteurs. On est émerveillé de revoir notre dessin animé préféré avec des « vrais »… Continuer la lecture de « Le Livre de La Jungle » : retour en enfance…→
Je ne sais pas pourquoi on le conjugue plus volontiers au pluriel, mais ce mot, gourmand en bouche, me fait penser à Fernandel, avec sa diction théâtrale. « Monsieur, ce ne sont là que des fa-ri-bo-les ». Autrement dit, ne me dérangez pas avec des choses vaines et frivoles, des galéjades sans importance… Dans notre époque où la réalité décuplée se conjugue en 3D, on est en manque de ces fariboles. Et puis, le mot est si joli…
Voilà un scénario très fûté !… A l’heure où beaucoup de films ont un air de déjà vu, cette histoire de vengeance entre survivants de l’holocauste prend une saveur particulière. Le bras armé de ces représailles tardives est Zev, un vieillard de 90 ans ( Christopher Plummer, parfait ! ), chancelant et amnésique qui oublie, après chaque sieste, sa mission, Il doit relire les instructions que lui a donné un autre vieillard encore plus grabataire que lui, Max ( formidable Martin Landau ) pour se remettre à l’ouvrage. On se demande si cela ne relève pas du gag…Un tueur fragile comme du cristal qui se pisse dessus, soumis à une forte émotion; il ne comprend pas grand chose de ce qu’on lui raconte ; il réclame régulièrement sa femme, décédée depuis plusieurs mois. Le parfait anti-héros !… Seuls les enfants arrivent à communiquer avec lui, confirmant ce qu’on ressent bien : cet homme qui doit tuer un homme, est aussi faible qu’un enfant. Continuer la lecture de « Remember » : la mémoire de l’holocauste s’effiloche…→
La langue française est joliment imagée qu’elle sait, en trois mots, dresser un contexte. Une cousine de vendange est une jeune femme qui ne rechigne pas à partager de fraternelles agapes aux côtés de la gente masculine. Elle sait lever le coude et entonner des chansons de corps de garde. Le contraire d’une chichiteuse, en somme. Mais attention, si elle boit trop, elle changera de registre et deviendra une pocharde, ou pire, une chocaillon…
« L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos. A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords. Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner. » Francis Ponge – « le parti pris des choses »
C’est un grand classique des Randonneurs de l’Ile de France : les fameuses 25 Bosses de Fontainebleau. Un parcours exigeant de près de 17 kms, en cercle, pour gravir, à la suite, 25 rochers qui dominent la vaste forêt de Fontainebleau. Dépaysement assuré !… Vous êtes près de Paris, mais déjà loin, entouré par de la forêt à perte de vue. C’est assez magique… D’autant que le sentier serpente entre les rochers et prend un malin plaisir à adopter toutes les difficultés du terrain. On passe dans des défilés surplombés de vastes roches; on se fait tout petit pour passer dans un interstice rocheux ; on gravit les rochers avec les mains et les genoux ; on tourne et virevolte entre de grosses pierres ; on se met à croupetons pour franchir un passage. Avant de s’arrimer au sommet où Continuer la lecture de Les 25 Bosses de Fontainebleau : mythique !→
Riche idée que de parler des médecins de campagne qui tentent de cimenter des campagnes bien mal en point. Ce film, après le formidable « Hippocrate », était attendu. D’autant qu’avec un acteur 5 étoiles comme François Cluzet, on était sûr de tenir le bon bout du grand cinéma. Petite déception… Le film ne vaut pas Hippocrate, mais il ne passe pas, pour autant, à côté de son sujet. C’est une chronique douce-amère de la vie de ces forçats des temps modernes qui font preuve d’un engagement qui force le respect. François Cluzet est, une fois de plus, parfait dans le rôle. Quelques scènes sont touchantes, en particulier dans le rapport avec les patients. On sent que Continuer la lecture de « Médecin de campagne » : très réaliste…→
En 2011 une comète était passée dans le ciel de l’édition avec « Rien ne s’oppose à la Nuit » ( Edition Jean Claude Lattes ). J’ai assisté à ce spectacle prodigieux en acquérant le livre. Ce fut une révélation !… J’ai été très touché par ce qui s’apparente au plus bel hommage qu’un enfant puisse faire à sa mère. Sans doute le livre le plus intimiste et le plus authentique jamais écrit. C’était splendide. Finement ciselé dans une écriture de dentelle, un travail qui forçait le respect par l’analyse psychologique qu’il révélait. Delphine de Vigan s’était fait mal à raconter sa famille. On imaginait à quel point cela avait pu être douloureux d’explorer le passé, en quête d’informations sur l’auteur de ses jours, une personne au destin tragique qui se révélait finalement plus méconnue qu’elle ne l’aurait souhaité. Le déballage était impudique, mais d’une puissance narrative bluffante. D’ailleurs, pour rester dans l’histoire au-delà du livre, Continuer la lecture de Delphine: ta réalité me bluffe…→
Les chiffres tombent régulièrement dans un grand silence collectif. Le silence du désespoir d’une nation : 34.800 nouveaux chômeurs sur le mois de Février !
Des chiffres qui donnent le vertige. 1.580.000 nouveaux chômeurs (uniquement dans la catégorie A) depuis 2008, soit 541 nouveaux chômeurs chaque jour. Avec cette statistique qu’on peut trouver la plus dramatique : un nouveau chômeur reste en moyenne 570 jours au chômage. Et puis comment aussi ne pas oublier l’autre donnée brûlante : 25 % des jeunes se retrouvent aujourd’hui sans emploi.
A vous les jeunes pour qui le début de la vie active devrait être une fête, je vous le dis bien clairement : je ne saurai jamais composer avec des chiffres aussi consternants. Un pays qui sacrifie sa jeunesse, est un pays Continuer la lecture de Appel à la jeunesse…→
Pour la première fois depuis le début du quinquennat, le gouvernement s’orientait dans le bon sens avec la Loi El Khomri : réduire le coût du travail, relancer la machine économique par une politique de l’offre, simplifier le code du travail… Enfin, la France se mettait en mesure de rattraper son retard vis à vis de ses voisins pour adapter à l’économie moderne sa législation sociale. Donner de l’espoir aux 6 millions de chômeurs, telle était le contrat social de la nouvelle Loi. Mais Patatrac… Sous la pression syndicale et de quelques groupes et lobbys qui ne représentent qu’eux-mêmes, Marche Arrière Toute… Le gouvernement se déjuge et ose présenter au Parlement une Loi vidée de son contenu.
Ce mot désuet me réjouit particulièrement. On les connaît bien ceux qui ratiocinent. Vous savez, ces bavards à la langue bien pendue qui vous tiennent la jambe, se perdent en raisonnements oiseux, en détails sinueux, en considérations complexes, en observations superfétatoires… Il sont dans l’abstrait, et vous n’avez envie que d’une chose à leur contact : leur claquer le beignet… Maudits ratiocineurs !!!
Je crois qu’au soir de ma vie, il y aura sûrement une longue liste de choses que j’aurais aimé faire et que les circonstances n’auront pas permises. Mais je sais déjà ce qui sera en tête de cette liste : ne pas avoir pu voir Jacques Brel sur scène en concert…
Jacques, c’est pour moi le plus grand. Un homme avec un coeur gros comme le monde. Un artiste qui est arrivé, avec des mots, à exprimer toute la finesse des sentiments. Un compositeur hors pair. Un chanteur qui touche au plus profond des émotions humaines. Un homme qui se donne sans compter. Sans Dieu, mais avec la richesse d’une humanité souriante.
J’hésitais au vu du sujet traité. L’Eglise catholique est une cible tellement facile dans cette période de tensions inter-religieuses !… Et puis il y a eu l’Oscar du « Meilleur Film », rendant la séance quasi incontournable. D’autant qu’une nouvelle affaire trouble secoue le clergé à Lyon, ma ville natale cette fois-ci… J’aurais pu m’en douter pour un film venant d’un pays extrêmement marqué par le fait religieux : « Spotlight » attaque l’institution qu’est l’Eglise catholique, avec modération. Les enquêteurs débobinent le fil de l’enquête Continuer la lecture de « Spotlight » : dénonciation non aveugle…→
« Tempête » : parce que c’est la Bretagne, un pays authentique par excellence. Parce que c’est une histoire de pêcheurs, ces gens que je connais un peu pour les fréquenter pendant mes vacances bretonnes. Ce sont des forçats de la mer, des taiseux, mais des gars au coeur pur. Des brutes de travail qui ne rechignent pas, parce qu’ils sont des durs et qu’il font ce qu’ils aiment. Des gens simplement attachants…
« Tempête » raconte l’histoire de l’un d’entre eux, Dominique Leborne; il joue son rôle, au même titre que ses deux enfants. Tous sont d’un naturel incroyable. Est-ce si facile de faire l’acteur ? Continuer la lecture de « Tempête » : la pêche en eau trouble→
Il y a des jours où l’on se félicite de son abonnement à Canal+. Des moments assez uniques où la chaîne cryptée retrouve l’esprit de ses origines. Quand Canal apportait autrefois un vent de fraîcheur et de nouveautés sur un PAF assoupi…
La série « Le Baron Noir » est un grand moment de télévision. Déjà une série sur la politique, telle qu’elle est pratiquée en France, c’est plutôt gonflé. Mais présenter les dessous de l’engagement politique sous tous ses aspects boutiquiers et combinards, c’est carrément de la dynamite…
Ce téléfilm est scotchant de réalisme avec un Kad Merad hallucinant qui y gagne ses galons de très grand acteur. Sans oublier Niels Arestrup, mitterrandien plus vrai que nature et Anna Mouglalis, redoutable en ambitieuse saisie par quelques cas de conscience.
Qu’est-ce qui fait le succès d’un film ? Une belle histoire, des images choc, des acteurs connus, une belle couverture média, une gestion pointue de la sortie… Sur tous ces critères, « The Revenant » coche toutes les cases. Ce sera donc, à n’en pas douter, un succès au box office. Pour autant, est-ce un bon film ? La réponse est plus ouverte. Dans les « plus », la prestation hallucinante de Di Caprio qui nous transmet sa souffrance dans tous les pores de notre peau. La caméra est aussi parfaite, tantôt à hauteur d’homme dans les scènes de combat, tantôt plus aérienne pour montrer l’immensité désolée du paysage ( bravo à l’image, en particulier, dans la scène de chasse du début ). Jusqu’à quelle extrémité un homme diminué peut-il aller pour essayer de survivre ? Continuer la lecture de « The Revenant » : western de survie…→