La psychanalyse de groupe

Un livre qui m’a été recommandé lors d’une rencontre littéraire au sein du CGBB. Honnêtement je ne l’aurais jamais ouvert autrement. La philosophie est une lecture que je trouve souvent ingrate. Et la psychanalyse est un exercice tellement intime qu’il me semblait pas devoir faire l’objet d’un roman. Mélangez pourtant les deux, secouez fort et vous obtenez « la Méthode Schopenhauer » d’Irvin Yalom, écrivain que je ne connaissais avant cela ni d’Eve, ni d’Adam.

L’écriture est simple, directe, comme un compte-rendu médical après la rencontre d’un patient. C’est justement de cela qu’il s’agit car le livre parle d’une thérapie de groupe sous la supervision d’un thérapeute qui vient de se découvrir une maladie incurable. Le dernier tour de piste donc d’un grand professionnel qui se concentre sur les progrès de son groupe de 7 personnes ( 4 hommes et 3 femmes ), pour oublier les affres d’une mort imminente. Le fil rouge du récit est Arthur Schopenhauer, philosophe allemand du XIXème siècle dont Philip, un des patients un peu bizarre, s’est entiché. Schopenhauer dont la vie et les écrits sont détaillés un chapitre sur deux, offrira-t-il un apaisement aux troubles du patient misanthrope et de son médecin mourant ?

Sur le papier, l’intrigue ne suscite pas une adhésion immédiate. Mais l’auteur Irvin Yalom sait rendre ses séances vivantes au point que le lecteur se prend d’intérêt pour les passes d’armes et les anicroches fréquentes entre les membres du groupe. C’est criant de vérité, et on entre comme un voyeur intrusif dans un traitement collectif où chacun dévoile, à tour de rôle, des faiblesses, des accidents de vie, des événements dont il est peu fier et qui ont sûrement affecté leur cheminement psychologique. Les réactions des uns et des autres sont diverses et suscitent la réflexion du groupe, comme du lecteur. Quelle belle découverte que de voir des êtres humains s’opposer, se critiquer, se féliciter dans le but ultime de se venir en aide mutuellement ! Bien sûr, l’intervention apaisante du praticien permet souvent de recadrer des débordements. Mais le fond reste constructif. C’est une lecture réconfortante…

En outre, Schopenhauer, par ses écrits, essaie d’apporter des clefs à l’homme en fin de vie. Des enseignements pas toujours concluants. Le groupe tricote sa propre école de vie sur le canevas du philosophe, avec l’objectif de venir en aide à son thérapeute. C’est proprement humain, et le malaxage collectif de cette pâte à modeler humaine suscite une haute dose de sympathie.

Au final, un livre original qui, sous le couvert d’un roman, dispense à la volée des pensées sur le sens de la vie. Cela mérite bien une découverte….