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Sur les traces du grand Charles…

Posted by Bernard on novembre 5, 2017 in Accueil, Actualité |

Partir pour Colombey-les-deux Eglises, c’est comme une expédition lointaine… L’Aube et Troyes sont des paysages de connaissance, mais au-delà de la Forêt de l’Orient, en poussant plus à l’est, on s’enfonce dans un département français rural, forestier, peu peuplé, qui semble ne guère avoir bougé depuis des siècles : la Haute Marne ( 52 )… Ses villes, Langres, Saint Dizier, Chaumont fleurent bon la France profonde, mais ces lieux ne sont guère des points d’attraction, ni des étapes vers d’autres lieux…

C’est pourtant dans ce coin de France que notre plus grand Président, Charles de Gaulle, s’est enraciné. Il goûtait à son silence et à sa ruralité. C’est là qu’il est enterré, près de sa maison, la Boisserie que nous connaissons tous de nom. Son repaire, Colombey les deux Eglises, village au nom étrange, a souvent éveillé ma curiosité, quand j’étais enfant. Il m’a fallu longtemps pour que je me décide enfin à assouvir cette curiosité… Je n’ai pas été déçu !

Colombey est un village de 400 âmes, totalement perdu dans une nature sauvage. C’est un lieu plutôt cossu car on est déjà dans la Champagne. Les maisons y sont belles, construites avec des pierres blanches qui renvoient bien le soleil d’automne. C’est un pays dur, mais authentique. A l’image du grand Charles, si on y réfléchit un peu.

Charles de Gaulle y est vénéré. Tout le village célèbre sa mémoire, mais sans ostentation. Quelques photos dans les restaurants. Des rues aux noms évocateurs. Une photo dans chaque chambre d’hôtel. Une tombe d’une simplicité voulue, même si des multiples stèles rangées le long du mur, à l’intérieur du cimetière viennent rappeler la vanité du monde. Seule l’immense croix de Lorraine qui surplombe une colline à la sortie du village se fait provocatrice. Un monument que de Gaulle n’avait pas voulu, avant de se faire infléchir par ses proches, en confiant avec ironie que « comme cela, les lapins du voisinage seront incités à la résistance ».

 La visite de la maison familiale, La Boisserie, est très touchante. On rentre, en effet, dans l’intimité du grand homme. Tout est conservé dans son jus, avec quelques petits panneaux explicatifs qui provoquent l’émotion. La bibliothèque est impressionnante, et les ouvrages rassemblés ici en disent beaucoup plus sur le propriétaire du lieu que de longs discours. Les visiteurs étaient peu nombreux en ce jour de novembre, mais chacun ne pouvait pas s’empêcher de chuchoter. Comme dans une cathédrale où l’on est sous l’emprise d’une force supérieure. Son âme était là, cachée dans les objets, les livres, les cadeaux de chefs d’état étrangers, les quelques photos, mais aussi dans un bureau d’une beauté absolue, niché dans une tourelle d’angle avec une vue majestueuse sur la plaine.

Après cette mise en bouche, le visiteur est prêt à attaquer le gros morceau, à savoir le Mémorial, construit en 2008, sous la gigantesque croix de Lorraine, pour raconter la vie de celui qui a marqué son siècle. Autant le dire tout de suite, ce musée est une splendeur. Une réussite totale car à coup de jolis tableaux, de vidéos, d’images d’archives, de reconstitutions, de morceaux de textes, nous redécouvrons toute notre histoire, et la contribution qu’a apportée Charles de Gaulle à notre proche passé. C’est d’une intelligence folle, sans jamais tomber dans le panégyrique car les oppositions à sa personne sont retranscrites. Ce qui est passionnant, est de découvrir l’homme intime derrière l’homme public. Le père de famille exemplaire. Le leader qui lutte contre le grand âge pour mener à bien sa mission. Le savoureux auteur de petites phrases dont on se délecte toujours aujourd’hui. L’homme enfin d’une honnêteté absolue qui ne fera jamais passer avant son intérêt personnel, son éthique et sa religion lui interdisant de se mettre en avant et d’afficher la moindre vanité.

Ce Mémorial est sans doute le musée le plus intéressant de France. Il est ironique de constater qu’il se trouve dans un petit village isolé que beaucoup de compatriotes n’iront jamais visiter. En attendant, à l’heure où l’on cherche des chefs charismatiques et qu’on requiert de nos hommes politiques une rectitude absolue, il n’est pas absurde de se replonger dans les 30 glorieuses, une période où la France n’a jamais été aussi prospère. Peut-être devons-nous la chose un peu à ce grand escogriffe catho, militaire mal décanté, mais homme foncièrement juste…

En tout cas, avec ce Mémorial, la nation lui rend un magnifique hommage dans son propre fief, un village isolé, mais qui porte très haut les idéaux de la France…

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