
On sait depuis « le Tambour » de Volker Schlöndorff que l’Histoire se raconte bien à hauteur d’enfant. Une façon plus légère de raconter certains moments forts du passé…
Les derniers jours de la guerre dans une petite île allemande des Jutland, proche de Hambourg. L’île est très préservée du conflit, même si les escadrilles de bombardiers britanniques survolent les lieux comme des vautours menaçants; la vie se poursuit comme si de rien n’était, marquée pour chacun par la recherche constante de nourriture. Mais un ressort semble cassé, et même les enfants qui portent l’uniforme des jeunesses hitleriennes savent que les carottes sont cuites. Comment le dire dans une société où des soubresauts de fanatisme se prolongent ? Comment ne pas montrer de signe de défaitisme ?
Nanni, jeune garçon d’une petite dizaine d’années, découvre que le monde des adultes est un terrain glissant. Il essaye de protéger sa mère, vivant péniblement sa grossesse avec ses deux enfants. Il observe les réfugiés allemands qui sont des étrangers aux regards des Iliens. Il met ou non son uniforme selon les personnes qu’il rend visite. Il apprend l’histoire de sa famille, et de cet oncle dont la fiancée juive n’a pas été sauvée par son propre père qui est toujours un haut cadre des nazis, resté à Hambourg.
En d’autres mots, il découvre toutes les compromissions des adultes avec des yeux purs qui essayent naïvement de recoller les morceaux. Un très joli film avec une ambiance prenante. Le succès du film tient assurément à son jeune acteur, très juste dans son jeu, qui brille d’une flamme intérieure. Les images sont aussi d’une grande beauté, avec des dunes plongeant dans une mer et un ciel qui se confondent. Enfin Diane Kruger fait une courte apparition remarquable en paysanne revêche aspirant comme beaucoup à la fin d’un conflit interminable.
Une vision différente de l’Allemagne en guerre. Dans le regard d’un enfant, c’est tellement juste par essence.