Un pere absent

Il faut de l’audace et une bonne dose d’humanité pour raconter au cinéma ce qu’on préfère en général cacher : les troubles du 4ème âge, la perte de contrôle et la fin de vie. La déchéance physique et intellectuelle n’est assurément pas un sujet qui fédère. Tout l’inverse de ce que recherche en général le cinéma…

Pourtant, paradoxalement, il nous parle à tous, car il trouve des résonances dans nos vies. Il nous met face à nos responsabilités de fils et filles, ayant été dès la naissance maternés d’amour, et qui doivent rendre cet amour à des vieux parents diminués, redevenus des enfants, sans buts et sans repères. Le sujet est aride, mais Florian Zeller a su le traiter avec délicatesse, en s’appuyant sur la présence hors-norme d’un acteur d’exception, Antony Hopkins.

Le film est puissant, brutal, il met souvent mal à l’aise, tellement le combat de cet homme pour rester en contact avec la réalité est poignant. La subtilité du récit est justement de voir les événements avec l’oeil du vieillard qui ne comprend plus ce qu’on lui raconte, qui voit apparaître et disparaître des personnages dans son entourage, et qui tente de s’accrocher désespérément au fil rouge de sa raison. Le spectateur est parfois perdu, avant de réaliser au fil de l’histoire que c’est le cerveau du principal personnage, son ambassadeur dans l’histoire, qui est mité, avec des trous qui deviennent des gouffres. Comment mieux vivre la déchéance d’une mémoire qui part en capilotade ?…

Le film est aussi touchant par le dévouement d’une fille – jouée superbement par Olivia Coleman – qui se prend des vents et des rebuffades terribles d’un père qui a perdu tout filtre dans son rapport aux autres. Quelques scènes prennent aux tripes par leur violence psychologique. Quel choc !… The Father a obtenu une consécration aux Etats Unis, pays dont le cinéma n’est pas toujours marqué par l’intime. C’est donc une vraie victoire de notre petit Frenchie dont les mots ont réussi à germer dans les esprits les plus adverses au malheur. Mais il a su s’appuyer sur la prestation époustouflante d’un acteur dont ce sera peut-être le chant du cygne. Antony Hopkins nous fait l’offrande de nous montrer la mort qui s’annonce, avec le réalisme et le professionnalisme qui a toujours été le sien. Se mettre dans les conditions d’un destin qu’on redoute, est le signe d’un grand.

Dernier point : mieux vaut avoir un haut niveau de moral pour entrer dans une telle histoire. A cette réserve près, The Father vous marquera à jamais….

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *