Retour dans des années peu glorieuses

« Les Rayons et les Ombres » : un film dont on sort ébranlé… Il nous fait prendre de la hauteur, et réfléchir sur la condition humaine.

Le cheminement d’un homme faible, prisonnier de ses amitiés de jeunesse, qui se laisse porter par les événements et par les circonstances le conduisant à un positionnement social qu’il n’aurait jamais pu espérer. Un homme sans conscience autre que l’opportunisme, la quête d’argent facile et la dolce vita. Un homme qui se laisse emporter dans les pires compromissions, y compris un antisémitisme virulent qui lui était au départ étranger. Tout cela dans une sorte de spirale mortifère, sans réactions, comme vide de l’intérieur, malgré quelques avertissements familiaux.

Un homme qui, pour autant, n’est pas un mauvais bougre, européen et pacifiste de conviction, malade et se sachant condamné, père attentif enclin à se révolter lorsque sa fille est menacée. Un être humain qui nous est proche sous certains aspects, le voile historique d’opprobre jeté sur les collabos ayant volontairement noirci ses protagonistes au point d’en faire des diables.

Ce n’était pas des diables, et c’est là le mérite de ce film autour d’une époque volontairement écartée de notre mémoire collective. Fallait-il les exécuter ? Sans doute du fait de la violence de l’époque et des rancoeurs accumulées. Fallait-il emporter dans l’épuration tous leurs proches ? Le réalisateur Xavier Giannoli pose la question avec justesse avec le triste destin de Corinne Luchaire, la fille, ballotée par les événements comme une coquille de noix fragile. Quelle pouvait être la conscience politique d’une gamine de vingt ans sans mère, et sous la coupe ardente de ce père adoré ?

Le film restitue très bien les années d’occupation, les milieux collabos coupés du monde, l’exacerbation des sens pour se sentir vivant avant le grand châtiment. C’est un film puissant, une forte dénonciation, tout en gardant une belle objectivité.

Alors, bien sûr, les résonances dans notre époque feront vibrer certains qui préfèreront oublier que la défaite humiliante avait créé le pire des terreaux à l’émergence du mal. Tout au plus, pourrions-nous au minimum tirer de ce film l’enseignement que les extrêmes, tous les extrêmes, créent les pires débordements. C’est bon parfois de se retourner, et de revisiter l’Histoire. Nous avons beaucoup à y gagner…