

Le Joueur de Go est un film à recommander aux amoureux du Japon ( ils sont nombreux ). C’est une superbe carte postale du Japon de l’ère Edo (avant 1868, mais il est difficile de déterminer une date plus précise ). Un samouraï banni vit chichement avec sa fille et s’adonne au jeu de Go qu’il maîtrise parfaitement.
Calme, serein, totalement dans le self-control, avare de mots, une présence totalement magnétique, l’homme attire les regards. Il a un détachement à la Clint Eastwood des westerns spaghettis. Il se promène nonchalamment avec son sabre à la ceinture, et tire une gloire de son honnêteté sans faille. Il s’abstient même de gagner, quand il mesure les effets négatifs que pourrait entraîner sa victoire.
Mais, en même temps, deux événements viennent troubler sa quiétude. Il est soupçonné d’un vol auprès d’un riche marchand chez qui il jouait. Et il apprend que l’homme qui l’a fait bannir de son ancien fief, a violenté feu sa femme et mère de sa fille. Il part donc en « croisade » pour rétablir son honneur sur les deux tableaux. Pour gagner du temps, il donne sa fille en gage au bordel du coin, avec le risque qu’elle devienne pensionnaire de l’établissement, s’il ne revient pas à temps. Un course contre le déshonneur est donc en jeu…
Objectivement, l’histoire laisse le spectateur un peu hermétique. L’intrigue n’est pas le coeur du film. Le coeur est plutôt dans les nombreuses parties de Go qui émaillent le récit, dont le spectateur étranger ne comprend mie, faute de connaître les règles. Alors, on s’attache aux décors épatants, aux seconds plans d’arbres en fleurs, aux expressions puissantes des visages et à l’agitation de ce monde de petites gens qui observent les prestigieux adversaires… Des courses en Geta de bois s’enchaînent dans un déhanchement de pingouins de la banquise, les regards se croisent et se jaugent avec détermination, les jetons sont posés sur l’échiquier comme des coups portés à titre fatal… Le Japonais aux sonorités claquantes ajoute au folklore.
C’est un spectacle tellement extraordinaire qu’il laisse sans voix. Malgré les sous-titres, le spectateur en est réduit à suivre le mouvement sans tout comprendre, pris dans un tourbillon incessant. Cela ne ressemble à rien de ce que nous connaissons et c’est bien cela qui fait toute la saveur du film.
Au final, cette histoire de samouraïs rend ce Japon exotique très désirable. Il donne envie de repartir au pays du Soleil Levant, tellement unique, qu’il ne ressemble à aucun autre. Du cinéma qui fait voyager…..
