L’assassin habite au 21

Un film de 1942, réalisé en pleine guerre, sous l’occupation. En noir et blanc, bien évidemment. Tout ce qui aujourd’hui ne suscite guère l’adhésion du public… Pensez donc, un film réalisé par des collabos.

Oui, mais voilà, le réalisateur est Henri Georges Clouzot, un réalisateur exceptionnel, vénéré par le grand Hitchcock et considéré par le cinéphile invétéré Quentin Tarantino comme « étant parmi les plus grands ». Et donc, ce film « L’Assassin habite au 21 » a finalement bravé le déclassement instinctif pour s’imposer comme un film d’atmosphère, un polar avant l’heure avec une galerie de personnages fantaisistes pouvant transformer Agatha Christie en simple plagiaire. Un grand film…

Cela faisait longtemps que je voulais le voir. Une chaîne du câble m’a donné cette grâce. Et j’avoue être stupéfait. Ce film est étonnamment moderne, notamment dans les relations conjugales de Pierre Fresnay et de Suzy Delair. Le contexte est certes un peu suranné, mais les rapports humains sont d’une belle justesse, au point que le spectateur d’aujourd’hui se laisse happer par l’histoire. Pierre Fresnay est excellent dans un rôle à tiroir ; les seconds rôles sont géniaux d’authenticité avec une brochette d’acteurs, souvent morts depuis longtemps, mais qui ont marqué leur époque. Enfin, il n’y pas ce sur-jeu qu’on voit souvent dans des compositions de l’époque. Là, le naturel et la performance d’acteur-et d’actrice sont au rendez-vous. Avec un scénario amusant et prenant jusqu’au terme…

La conclusion s’impose et ne souffrait déjà – à mes yeux – d’aucune espèce de doute. Des films anciens, en noir et blanc, doivent être revisités avec curiosité. Surtout quand un grand réalisateur est aux commandes. Clouzot est assurément un grand bonhomme du cinéma, et on peut regretter qu’il ne soit pas davantage notre contemporain. Son ton incisif aurait fait merveille, aujourd’hui comme hier. Avec, en plus, la reconnaissance par nos plus jeunes. Mais il n’est jamais trop tard pour partir à sa découverte…