Bain de jouvence en caisson sensoriel

Comment mieux nous entraîner dans les années 80 qu’avec ce titre « Just an illusion » du groupe anglais Imagination ? Une époque qui nous a tellement pris aux tripes sur le plan musical !…

Nous voici donc au début des années 80 autour d’une famille qui vit chichement et se débat dans un contexte social compliqué. Un film intimiste, sans doute largement inspiré par le passé des deux réalisateurs, Olivier Nakache et Eric Toledano. C’est brut de vie, de tensions, d’amour, de délicate authenticité.

Dès les premières images, le film nous embarque à sa suite dans une évocation du passé, sans nostalgie, avec la précision d’un laser sociologique et une science du détail qui tue. Pour les plus anciens, tout sonne familier; ce n’est pas un compte rendu fidèle d’une époque, c’est plus que cela : une totale immersion, comme si on replongeait dans notre enfance, en s’étant débarrassé de tous les oripeaux de la modernité.

Bien sûr, la bande son participe activement à l’expérience sensorielle à laquelle nous convie ce film ( il faut voir – c’est jouissif – Camille Cottin se lâcher complètement sur un tube des Cure ), mais le travail des décors mérite plus que mille fois un César. J’ai sursauté plusieurs fois face à des objets tombés en désuétude. Aussi bon qu’une madeleine de Proust !…

Mais le film n’est pas que cela. Il est foncièrement humain dans son déroulé, en montrant une famille comme les autres qui s’étripe à longueur de journée, mais où l’amour est toujours là. J’ai été aussi très touché par le contexte juif mis en avant, de manière subtile et tout en douceur. Il éveille au fond de nous une vraie affection pour cette communauté pas toujours à la noce dans notre société actuelle. Cela fait du bien de les voir membres à part entière de notre communauté de vie.

Bref, ce dernier opus du tandem de réalisateurs bien connu m’a bien plus emballé que leurs précédentes sorties. Peut-être parce que le rire jaillit plus facilement de situations vécues que de scénarios tarabiscotés. La tendresse aussi est un formidable moteur pour faire d’un film un grand succès. Je pense que celui-ci en sera un assurément.

Il le mérite avec des acteurs au summum de leur art. Sans doute le meilleur film du moment avec « les Rayons et les Ombres ».

Tuffery, la crème du jean…

Enfin, notre champion national du jean débarque à Paris !… Les Ateliers Tuffery, la marque des Cévennes, viennent d’ouvrir une boutique à Paris rue des Blancs Manteaux.

Cela faisait plusieurs années que je désespérais de leur acheter des Jeans, mais c’était difficile à distance, sans les mesures et les éventuelles retouches.

Des jeans assurément superbes avec des formes multiples et des couleurs tout aussi diverses. On essaye, on s’embarrasse à choisir avant d’opter pour les deux pièces, on paye, et là ravissement, ils se proposent de refaire les retouches dans la foulée. Juste l’affaire de faire une course ou de déjeuner en face du magasin, bonne pioche, c’était très bon…

Avec un tel service, ils ont tout compris, le « made in France » de cette qualité, c’est imbattable… Surtout que le prix reste raisonnable. Vraiment, on se sent plus responsable après de telles courses.

Kolkhoze ou chronique d’un amour maternel

Ecrire, c’est un acte structurant conçu souvent pour se raconter. Raconter sa famille, sa généalogie et ce poids familial qui nous marque tous à jamais. Souvent, dans le cas d’un homme, il y a en premier lieu l’envie de parler de sa mère, cet être merveilleux qui vous a donné le jour. Cela donne lieu parfois à des chefs d’oeuvre comme Romain Gary avec « la Promesse de l’aube » et sa mère qui a été son fil directeur jusqu’aux derniers jours. Mais quand « l’amour de votre vie » est une femme au fort tempérament et à la notoriété débridée, telle que peut l’être une académicienne dans les cercles du pouvoir, une femme qui a fait de l’ombre à tous les siens, comment raconter ce qui relève de l’intime face à l’image publique connue de tous ?

Emmanuel Carrère s’attèle à la tâche dans ce « Kolkhoze »pour rendre hommage à sa mère, Hélène Carrère d’Encausse, femme que ses contemporains ont tous connue dans les médias. Elle était une spécialiste hors-norme de l’ex-URSS, puis de la Russie qui avait ses entrées au Kremlin.

Mais il la raconte de manière détournée, en s’attachant d’abord à tous ses ancêtres géorgiens et russes dont il raconte la vie avec moultes détails qui ont dû lui causer un gros travail de brasseur d’archives familiales. C’est plaisant que de se retrouver au sein de ces Russes blancs ayant fui la Révolution et qui crèvent un peu la faim, en tout cas, qui vivent très loin du lustre d’antan. Le retour aux racines est complet et s’aventure parfois dans des digressions étonnantes sur Staline, Beria ou Dostoïevski, pour revenir sur l’actuelle Présidente de Georgie qui s’avère être une cousine. Carrère est fidèle à la tradition maternelle et nous montre qu’il a aussi un joli bagage sur l’histoire russe. Mais que sa famille est grande !

Une fois le décor planté, il raconte la jeunesse de sa mère et sa rencontre avec son père, homme plus effacé qui va rester toute sa vie sous le charme d’une femme active, en avance sur son temps. Carrère décrit ses parents, avec une pointe de sel pour sa mère et une tendre indulgence pour son père. On est loin du panégyrique, et on sent que la jeunesse du clan, quoique très heureuse, a été menée à la dure par cette femme exigeante et pas toujours affectueuse. Tout cela est quand même merveilleux de tact et de pudeur, même si à certains moments le récitant a des accès d’égocentrisme, comme pour compenser ce trop-plein de succès d’une mère indomptable.

Nous entrons donc dans l’intimité d’une femme réputée, sans passer sous silence ses faiblesses, ses écarts de conduite et les tensions régulières avec son seul fils, à côté de deux filles moins présentes dans le récit. Au-delà des mémoires, il y a assurément un exercice psychologique de l’auteur. Cela fourmille de tant d’anecdotes que l’attention du lecteur reste soutenue.

Les dernières pages autour des derniers mois de la grande dame sont absolument parfaites. Il s’en dégage une émotion tellement forte que c’en est presque sublime. Les larmes ne sont pas loin… Ce livre est donc un exercice incroyable consistant à raconter sa mère de manière très objective, mais avec un fond de tendresse qui éclate subrepticement quand il laisse tomber qu’elle a été la femme la plus importante de sa vie. On aimerait tous rendre d’aussi puissants hommages à ses géniteurs.

Compostelle, pour un peu de magie…

Je suis allé voir ce film pour retrouver l’esprit du Chemin que j’ai eu le plaisir de fouler par deux fois. Ce film est une réussite !…

La réhabilitation par la marche est apparemment une solution utilisée pour « remettre sur le chemin » des jeunes qui sont totalement égarés, en colère contre la société ou contre eux-mêmes. C’est assurément la meilleure idée qu’on ait eu, car quel meilleur cicatrisant de l’âme que la randonnée, cet état où l’on redevient un bipède tout simple préoccupé par ses seuls pas, avec la seule fixation de boire et de manger. Ah oui… j’oubliais le plus essentiel : laisser son esprit vagabonder, se laisser embarquer dans la beauté des paysages et communier avec la nature, le froid et le chaud, la pluie et la sécheresse… Revenir à une vie toute simple, loin des sollicitations du monde…

Dans le film, Adam, jeune rebelle, a du mal à accepter cette punition, mais il se fait petit à petit à cette vie nomade avec sa tuteure Fred, jouée par Alexandra Lamy tout en finesse et en émotions. Le film est surtout l’histoire de la confrontation entre ces deux-là, avec le Chemin de Compostelle en filigrane qui dispense des cartes postales épatantes. Rien que pour la magie de ces images, le film vaut le déplacement. On en aurait voulu davantage d’ailleurs…

Le jeune Adam est bien dans son rôle, cyclothymique à souhait, mais somme toute attachant. Surtout, ce que j’ai apprécié, c’est d’avoir su capter cette ferveur qui s’empare du marcheur dans un contexte marqué, qu’on le veuille ou non, par une emprise de la foi, ou du moins d’une réelle spiritualité. C’est là le secret du Chemin, être marqué par une sorte de grâce, se sentir en dehors de soi, s’abandonner à une force supérieure. Cela devient même une drogue de l’âme, si bien que, parvenus à St Jacques, beaucoup en redemandent.

C’est en tout cas une vraie victoire intime que d’aller au bout du périple. Le film le traduit bien… Un film touchant et intimiste… Tout ce que j’aime.

Le trou dans l’Eglise du Puy par lequel les pèlerins sont lâchés vers leur destin