Sabordage digne et sobre…

Je n’ai jamais trop porté l’homme dans mon coeur. Trop politicien pour essayer de construire ce centre vers lequel personne ne penche naturellement. Sa personnalité faible, et en même temps autoritaire, n’a jamais permis de créer l’adhésion des foules. Son ambition a toujours été un peu malsaine, car il la cachait, contrairement à d’autres qui estimaient y penser « en se rasant ». Enfin l’absence de charisme le condamnait, dans un pays qui ne se laisse séduire que par la fougue, le verbe et la sympathie.

Pourtant, il a osé prendre un poste impossible, il y a neuf mois. Un siège éjectable. Un essaim de frelons. Un pari impossible… Le voilà promis à la chute, alors que son bilan est très maigre. Tout ça pour ça ?

Son discours qui a précédé sa question de confiance, mérite d’être entendu de tous. C’est un discours de haut-vol qui m’a réconcilié – un peu tardivement – avec l’homme. On comprend mieux ce qui le motive à « aller au casse-pipe ». Il y tient un propos sobre, profond et plein de sens. Un appel à la responsabilité qui s’adresse à chacun, loin des querelles de parti. Dans une Assemblée traditionnellement chahuteuse, son dernier quart de discours se tient dans un profond silence. Il y a des accents de de Gaulle et de Mendes-France dans ce discours.

Je doute, hélas, qu’il remporte son pari. Il va partir, mais avec panache. Bravo monsieur le premier ministre… Vous méritiez que les Français vous réservent un meilleur sort.

Reste à des partis inconciliables d’essayer de trouver un compromis. Notre avenir s’assombrit de jour en jour, au fur et à mesure que le grand compteur de la dette s’emballe. Un jour de tristesse…

13 Jours, 13 Nuits… d’angoisse !

Ce film tient l’affiche depuis plusieurs semaines, il est à voir impérativement avant de disparaître des écrans.

Un film puissant qui vous prend à la gorge dès les premières images. Cette situation de repli désordonné de grandes puissances après l’échec de leurs interventions extérieures rappelle bien sûr l’abandon du Vietnam par les Etats Unis en 1975. C’est la fin d’un monde, un château de cartes qui s’écroule, les certitudes morales du modèle occidental qui s’effondrent… Le sauve-qui-peut généralisé peut s’effectuer de manière brutale et égoïste ou avec quelques derniers soubresauts d’humanité face à tous les laissés-pour-compte, ces autochtones qui ont servi la cause occidentale dont la vie est menacée par la vengeance des vainqueurs.

Mohamed Bida, algérien, dont le père a choisi le camp de la France en 1962, et qui a eu la chance d’être rapatrié, a une occasion unique de rendre la monnaie de sa dette familiale. Il est le chef de la sécurité de l’Ambassade de France à Kaboul, appelé en août 2021 à rapatrier des milliers d’Afghans et d’Européens qui ont trouvé refuge dans la dernière ambassade ouverte dans le pays. Le film raconte sa délicate mission face à des Talibans expéditifs qui n’ont pas envie de faire de quartiers.

La tension est présente dans chaque scène. Face à cette pression, Mohamed ( excellent Roschdy Zem ) garde son calme et reste fidèle à ses valeurs. Il va réussir la mission qu’il s’est lui-même assigné et sauver quelque 2.800 personnes au prix d’une retraite chaotique émaillée de nombreux incidents et d’attentat. Rien que pour ce fait d’arme personnel, le film méritait d’être tourné. Rendre hommage à un grand monsieur qui a honoré son drapeau et n’a été promu que « chevalier » de la légion d’honneur pour avoir pris tous les risques.

Ce qui fait aussi le succès du film, ce sont les moyens matériels mis au service de l’histoire : un Kaboul à la dérive avec son aéroport pris d’assaut est parfaitement restitué sur les terres du Maroc. Dimitri Rassam, le producteur, aidé par Disney Plus, a mis le paquet pour mettre en valeur cet épisode où la France a tenu la place qui est la sienne dans le concert des Nations. Une France qu’on aime, qui n’abandonne pas ceux qui lui ont été fidèles et ceux qui sont menacés dans leur existence. Oui « thirteen » peut subrepticement devenir « thirty », voire « forty », les Français prononçant si mal l’anglais….