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Petit manuel d’économie à l’attention d’électeurs déboussolés

Posted by Bernard on avril 8, 2017 in Accueil, Politique |

Mais qu’est-ce qu’ils nous font tous ? Ont-ils pété les plombs ? Plus de la moitié des Français sont prêts à voter pour les extrêmes. Y a-t-il chez mes compatriotes une telle volonté de se faire mal ? Une envie de tout faire exploser, un hara kiri collectif… J’ose espérer que ces votes désabusés sont juste un défoulement, ou encore l’expression d’une méconnaissance de l’économie. Alors, rappelons quelques faits, en quelques mots bien simples.

Notre pays va mal. Beaucoup plus mal que ses voisins. La faute à 40 années de laxisme qui nous aura vu dépenser, tous les ans, beaucoup plus que ce que nous gagnons. Aujourd’hui, pour 100 euros de recette fiscale, l’Etat dépense 126 euros (!).  Nous avons accumulé une dette de 2200 milliards euros qui représente 95% du Produit Intérieur Brut( PIB ), soit la richesse de la nation. Chaque bébé qui naît a dès sa naissance une dette de 30.000 euros.

Y a-t-il lieu de s’inquiéter ? Après tout, les Etats Unis sont à 100% de dette sur PIB, le Japon à 250%, l’Italie à 135%. Nous pouvons continuer à vivre à crédit. Nous ne sommes pas le dernier de la classe. Notre Etat emprunte à 10 ans au taux très faible de 1%. Tout cela peut durer, nous disent les insouciants qui nous gouvernent.

Pas si sûr… Les Etats Unis et le Japon ont la différence de disposer d’une monnaie forte que tout le monde achète en cas de coup de tabac. La dette au Japon – énorme ! – est en plus détenue par les Japonais eux-mêmes. Ces pays peuvent ainsi battre de la monnaie; ils ont une banque centrale à eux. Quant à l’Italie, si elle souffre des mêmes handicaps que nous, elle a pris des mesures pour baisser son train de vie. Les Italiens ont beaucoup plus réformé que nous, et leur budget primaire, c’est à dire hors le poids de la dette, est excédentaire.

En France, la situation n’est pas rose. Le gouvernement Hollande a fait, certes, quelques efforts pour réduire la dette, mais il ne l’a fait qu’en montant les impôts. Pas d’efforts significatifs sur les dépenses, juste une hausse des impôts, notamment de l’impôt sur le revenu qui touche moins d’un Français sur deux. Cela a été plutôt sévère. Les classes moyennes ont été très sollicitées, mais cet effort n’a pas été partagé. De plus, l’Etat a continué à gaspiller et à dilapider, au point de rendre en colère ces Français jugés « riches ». Ils ne sont pas hostiles à l’idée d’être solidaires, mais ils avaient l’impression de remplir un tonneau percé. C’était comme donner un billet de vingt euros à un pauvre et le voir allumer sa cigarette avec. Complètement démotivant ! Certains ont préféré partir à l’étranger, quitter ce pays merveilleux, considéré pourtant par beaucoup comme le « plus beau pays du monde ». Tous ces riches qui sont partis, alourdissent, en plus, le fardeau de ceux qui restent.

Que risquons-nous réellement ? Une perte de confiance brutale et imprévisible de nos créanciers. Tout d’un coup, les gens qui nous prêtent, réalisent que leur argent est en danger de ne pas être remboursé. Ces gens-là ne sont pas des philanthropes. Et à coup sûr, les scores électoraux de Le Pen et Mélenchon ne vont pas contribuer à les rassurer. Cette crainte est d’ailleurs déjà là, puisque les dernières statistiques ont montré que les prêts des étrangers à la zone euro ont fortement baissé en 2016. C’est la BCE, notre Banque Centrale Européenne qui est notre principal prêteur. Or la BCE est l’émanation des principaux états européens. Donc nous nous prêtons à nous-mêmes, en créant de l’argent virtuel. Un remède exceptionnel à une situation exceptionnelle, mais il ne peut pas durer…

Le jour où la BCE sera devenue notre dernier prêteur, elle arrêtera à son tour, sous la pression des autres Européens qui ont réformé leur pays, et n’accepteront plus de financer la France en sur-endettement. Ce sera l’heure des huissiers. Nous entrerons alors dans une crise semblable à celle de la Grèce. Mais sans le filet protecteur de la solidarité européenne, car la France est un « trop gros morceau » pour être sauvée.

On peut s’attendre à un sauve-qui-peut général. Nous connaîtrons une descente aux enfers qui sera terrible. Les économies des Français seront pulvérisées, notamment tous les contrats d’assurance-vie qui sont gorgés d’emprunts d’Etat. Nous ne pourrons plus payer nos fonctionnaires, c’est aussi simple que cela… Regardez ce qui se passe en Grèce, et imaginez la chose puissance dix.

Cette situation arrivera à coup sûr si nous ne stoppons pas immédiatement cette glissade. Nous avons encore les moyens de nous en sortir, comme l’ont fait les Allemands en 2001 qui avaient dû pourtant, en plus de nous, subir le coût délirant de la réunification. Ce peuple s’est mobilisé collectivement; ils ont serré les dents, ont souffert, mais s’en sont sortis. Aujourd’hui l’Allemagne a baissé son taux de dette sur PIB ( 75% ) et son budget est excédentaire.

Nous pouvons encore suivre leur exemple, plus de quinze ans après eux. Mais il faut agir tout de suite, accepter le coût économique et social d’une rigueur sévère. Ce sera dur, très dur, mais nous aurons à nouveau un espoir, plutôt que de voir impuissant notre pays couler.

L’enjeu de l’élection dans quinze jours sera donc simple : soit la voie d’une faillite programmée avec les extrêmes de droite et de gauche, soit la voie d’un redressement pénible. Seul un candidat semble pleinement conscient dans son programme de la gravité de la situation. C’est celui que je soutiens, même si certains aspects de sa personne m’ont déçu. Mais les risques d’un autre vote sont décidément trop élevés. Je vous aide un peu. Le nom de ce candidat commence par un F.

7 Comments

  • Bayard dit :

    Seul « F »et le programme de « F » peuvent adoucir les perspectives sinistres de cette France que nous aimons bien
    Nous aimons bien aussi notre famille, nos amis ,notre environnement et même les capacités de solidarités de notre beau pays au sein d’une Europe
    forte et unie.

  • JPP dit :

    Outre l’affect et l’intelligence, il y a la théorie et la pratique.
    Avoir le meilleur programme et ne pouvoir l’appliquer mérite réflexion.
    Une majorité d’idées vaut mieux que le grand bazard qui
    favorise à terme les extrêmes.
    Pino

    • Bernard dit :

      L’exemplarité du capitaine aurait été un plus, c’est vrai, mais le besoin de réformes est tel qu’un choc est inévitable. Quand on voit les 8 mois de manifestation qu’ont provoqué les maigrelets « 62 ans » pour la retraite de Sarko, on sait que les blocages seront nombreux… Est-ce une raison pour ne pas s’attaquer à la face nord, plutôt que de vouloir faire une promenade de santé sur le chemin des vaches comme voudrait nous y guider le favori ( l’autre ) des médias ?

  • Nathanaël dit :

    Bonjour à tous.
    L’allemagne est un bon exemple, mais comme souvent à ce niveau là, le benchmarking a ses limites. Si nous n’arrivons pas à nous adapter comme les allemands, c’est que nos différences nous en empêchent. Devenons allemands nous le ferons ! Pour l’instant, ça ne me semble pas réalisable. Il faut voir en nous les solutions que nous pouvons porter. Et si l’on veut s’inspirer du modèle allemand, commençons par redonner à la classe politique la même aura que celle qui est la leur. En allemagne, quand un haut dirigeant triche avec les règles et deniers publics, ou ceux d’une société, il fait de la prison ferme !!! Ca n’est pas anodin. Oui toutes ces choses dont tu parles Bernard sont justes d’un point de vue économique, mais si la moitié des français ne semble pas disposée à écouter ce discours et à le suivre, c’est qu’il lui manque un certain contenu. Ou alors qu’il a été tellement vendu sans résultat qu’il n’a plus assez de substance. Fillon et Macron auront beau promettre tout ce qu’ils veulent, ils ne parviendront plus à dissimuler, même au pouvoir, que leur souhait et leur marge de manoeuvre n’est autre que de continuer à servir les intérêts en place parce qu’ils en sont les outils. Et si l’on ne change rien à rien, il est logique de penser que les effets obtenus seront : Rien de nouveau. Comment en vouloir à ces 50% de français, sans compter les autres, ceux qui ne se sentent, à tort, même pas concernés par le vote ? Il faut réconcilier les gens avec leur destinée. C’est ça la clé. Tous les gens, toutes les catégories, toutes les origines, doivent avoir l’impression qu’elles seront un pion de l’échiquier, chacun avec sa force, pour nous permettre d’avancer vers un avenir plus lumineux en commun. C’est cela qui boostera l’économie jusqu’à des niveaux que l’on peut difficilement imaginer aujourd’hui. Pour cela il faut avoir le courage de rebattre les cartes de nos institutions d’une façon inédite, et il n’y a parmi les propositions politiques qu’un seul vote qui porte ce projet en mettant en avant le besoin d’une nouvelle constitution. En effet, il va falloir travailler, mais plutôt que de répéter les mêmes réflexes sans résultat, tentons autre chose ! J’ai bien peur que si nous n’engagions pas ce chantier de la véritable transformation en douceur, en maitrise, en conscience, ce sera lors d’un événement tragique, je ne sais sous quelle forme, qu’il nous sera imposé. Et ça, aucun économiste ne peut le prévoir, et nous serons comme eux, bien tristes de ne plus avoir notre avenir entre les mains.

  • Bernard dit :

    Au delà de tes généreuses idées que je respecte, je ne te suis pas du tout. L’Allemagne n’est en rien différente de nous. Ce n’est pas un pays sous-administré, un pays avec des services publics au rabais. Il y a une autre voie, ne t’en déplaise… Celle de ton favori, séduisante par sa dialectique et ses idées généreuses sur le papier, nous conduit à coup sûr à la faillite. Réconcilier les Français avec leur destin, OK, mais à condition que ce ne soit pas une voie de garage comme toutes les expériences communistes l’ont montré. Quant à la morale en politique, c’est une question de point de vue. Pour moi, deux costumes ne pèsent pas lourd, par rapport au vrai scandale moral de vivre à crédit, en hypothéquant l’avenir de nos enfants. S’il y a une quête de moralité à chercher en politique, c’est de ce côté-là qu’il faut creuser…

  • Véro Freté dit :

    Une petite réflexion philosophique ne peut nuire, par les temps qui courent ! Je vous livre ici le dernier article de « Time to philo »…

    L’âne dans l’isoloir

    Jamais le nombre d’indécis n’aura été aussi important à la veille d’une élection présidentielle (40% selon un récent sondage Ipsos !). Nombre d’électeurs se retrouvent ainsi dans la position de l’âne de Buridan : selon ce fameux paradoxe scolastique (attribué de manière apocryphe au théologien médiéval Jean Buridan), un âne ayant autant faim que soif, et placé à égale distance d’une botte de foin et d’un sceau d’eau, se laissera mourir d’inanition, faute de pouvoir choisir… A cet aimable paradoxe, les trois plus grands métaphysiciens de l’âge classique ont tenté d’apporter une réponse. Espérons que leurs analyses aident nos indécis à mettre un bulletin dans l’urne.

    Dans un célèbre scolie de son Ethique (deuxième partie, proposition 49), Spinoza tente de démontrer que la volonté et l’intellect sont une seule et même chose. Autrement dit, il n’existe pas de volonté indépendante qui flotterait au-dessus de nos passions ou de nos idées : celles-ci impliquent leur propre affirmation. Conséquence : un homme placé dans la situation de Buridan, tiraillé par des sentiments égaux, mourra bien de soif et de faim. L’électeur, ou l’électrice puisque Spinoza a la délicatesse de féminiser l’ânesse (asina dans le texte latin), finira par voter blanc.

    Il faut au contraire avoir toute la foi de Descartes dans le libre-arbitre pour postuler ce qu’il appelle, dans une lettre au Père Mesland, la « liberté d’indifférence » : une capacité à se déterminer « dans les actions où la volonté n’est portée par aucune raison évidente vers un parti plutôt que vers un autre ». La grandeur de l’homme, que l’exercice de la raison distingue de l’animalité, c’est paradoxalement de pouvoir choisir sans raison, et de triompher ainsi de l’apathie. Si l’âne meurt de faim, l’homme se sauve. Poutou ou Cheminade ? La dignité de notre espèce vous impose, dans le secret de l’isoloir, de faire un geste décisif, pure expression du libre-arbitre.

    La solution la plus élégante revient toutefois à Leibniz. Penseur de la différence et de la singularité, inventeur du calcul infinitésimal, Leibniz conteste la possibilité même de l’âne de Buridan. S’il n’y a pas deux feuilles ni deux gouttes d’eau pareilles dans tout l’univers, a fortiori ne peut-on imaginer dans l’ordre de la nature que les distances soient parfaitement égales, et les appétits de l’âne parfaitement équivalents. C’est une fiction de métaphysicien, démentie théoriquement par l’analyse mathématique de l’infiniment petit, et empiriquement par les sciences naturelles. « Il y aura donc toujours bien des choses dans l’âne et hors de l’âne, quoiqu’elles ne nous paraissent pas, qui le détermineront à aller d’un côté plutôt que de l’autre. » Ce passage de la Théodicée (II, §49) s’inscrit logiquement dans une philosophie qui s’efforce de réconcilier l’idée d’un déterminisme divin avec celle d’un choix individuel. L’expression de mes préférences personnelles ne fait que refléter des causes qui m’échappent, intégrées à l’infinie complexité du calcul de Dieu. Laissez-vous guider, le jour du vote, par vos inclinations naturelles, reflet du meilleur des mondes possibles…

    Alors, chers indécis, ne faites pas les ânes, au risque de ressembler, comme le dit Spinoza dans la suite du scolie, aux enfants, aux sots et aux déments. La démocratie, aussi décevante qu’elle soit parfois, mérite mieux que des braiments protestataires.

    René Descartes (1596 – 1650)

    Mathématicien, physicien et philosophe français. Considéré comme l’un des pères de la philosophie moderne, il reste célèbre pour avoir exprimé dans son Discours de la méthode (1637) le cogito — « Je pense, donc je suis » — fondant ainsi le système des sciences sur le sujet connaissant face au monde qu’il se représente. En savoir plus.

    Baruch Spinoza (1632 – 1677)

    Philosophe néerlandais dont la pensée eut une influence considérable sur ses contemporains et nombre de penseurs postérieurs. Son œuvre entretient une relation critique avec les positions traditionnelles des religions et vise essentiellement la constitution d’une éthique rationnelle et intellectualiste qu’il décrit comme la « voie qui mène à la liberté ».

    Gottfried Wilhelm Leibniz (1646 – 1716)

    Philosophe, mathématicien et diplomate allemand. Comme philosophe, il s’est intéressé fort tôt à la scolastique et à la syllogistique et a conçu le projet d’une encyclopédie ou « bibliothèque universelle ». Comme mathématicien, il a fait entrer les sciences dans la nouvelle ère du calcul infinitésimal.

    • Bernard dit :

      Merci Véro… Tu places très haut le niveau du débat… J’ose espérer que les Français ne sont pas des ânes, mais j’ai des doutes… Je ne sais si mes compatriotes ont l’absence de décision de l’âne de Buridan, ce dont je suis certain, au contraire, c’est qu’ils se laissent guider par leurs émotions. Le choix d’un président n’est pas le choix d’un compagnon de vie, c’est un choix rationnel pour le candidat le mieux qualifié pour faire le job. De ce point de vue, l’expérience est précieuse. Au cours, des 22 dernières années, disons depuis la première élection de Chirac, la France ne s’est réformée que dans une seule période : 2007-2012, même si cela a été très timide…. Ma conclusion est toute trouvée…

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