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Houellebecq au mieux de sa (mé)forme…

Posted by Bernard on mars 13, 2020 in Accueil, Mes lectures |

Houellebecq est un affreux… Un affreux cynique et provocateur qui poursuit son aventure littéraire toujours sur la ligne de crête de la bienséance. Un affreux qu’on n’arrive pas à détester, tellement il a du talent.

« Serotonine » est la lente glissade d’un homme qui se coupe du monde pour s’enfoncer dans une profonde dépression. Une trajectoire acceptée, réalisée avec détachement et indifférence qui donne lieu à quelques développements fulgurants sur les maux de notre société. Comme un sociologue passif, Houellebecq nous rend compte de ce qui ne va pas, avec la sécheresse de celui qui ne croit plus en rien, et se met en mode survie. Autant dire qu’il ne faut pas être déprimé pour s’attaquer à cette lecture.

Mais derrière ce constat peu engageant, il y a une écriture primesautière et sautillante qui s’engage loin dans des voies de traverse, avec le bonus des obsessions houellebecquiennes. C’est jouissif… L’auteur sait mieux que personne attacher le lecteur à son personnage pour l’entraîner à sa suite dans ses divagations et ses fantasmes. L’humour perce toujours sous l’humus de la noirceur, si bien que la lecture reste un plaisir qui se prolonge. Où va-t-il chercher tout cela ?… Sa vision d’un destin non-contrôlé où l’homme se laisse balloter par les événements et ses pulsions sonne souvent juste, même si on veut se défendre contre ce pessimisme exacerbé qui s’oppose à tous les rêves de la jeunesse. Houellebecq est le chantre du réalisme le plus brutal.

Le livre enfonce le lecteur toujours un peu plus, et la fin apparaît pénible, et quasi irritante par l’abandon de lui-même du personnage. Un livre qui se résume par une flèche tournée inexorablement vers le bas. Une dépression sans retour… Heureusement, il y a quelques éclairs dans le récit, en particulier au début lors d’une rencontre fortuite dans une station-service avec deux jolies femmes souhaitant qu’on regonfle les pneus de leur voiture. Dans cette péripétie, Houellebecq est éblouissant de drôlerie. La mécanique du désir naissant chez l’homo erectus est brillamment restituée par un auteur qui ne s’interdit rien. Ames chastes, s’abstenir…

Au final, un livre dans la lignée des précédents, mais peut être un peu plus noir. Surtout que Houellebecq dresse un paysage crépusculaire du monde agricole. Espérons qu’il continuera à l’avenir à nous enchanter par la finesse de son écriture, sans nécessairement nous plonger dans une déprime collective.

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