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Ennui au pays des « sans-dents »

Posted by Bernard on décembre 29, 2019 in Accueil, Mes lectures |

Cela faisait longtemps que ce Goncourt 2018 trainait sur ma table de chevet, une lecture qui s’imposait, mais à laquelle j’avais du mal à me résoudre. Un titre tellement banal qu’il n’imprimait pas dans ma mémoire. Un récit de jeunes ados qui m’était totalement étranger. Un misérabilisme social qui était loin de me captiver… J’ai dû me forcer à cette lecture, notamment au début du roman.

Lecture faite, je suis toujours sur la réserve, mais je suis content de l’avoir lu. C’est assurément une grande oeuvre. Une chronique du quotidien, pleine de détails insignifiants, qui donnent au texte une authenticité unique. le récit est linéaire, sans faits d’armes autres que deux vols de motos. Les personnages vivent sous nos yeux, comme dans un film de Ken Loach. Je m’attendais à tout moment à un drame; tout concourait à un dénouement violent. Mais non, rien ; la fin est aussi plate que tout le récit; des vies marquées par l’ennui, la routine, le travail, le sexe et la biture; des personnages qui s’agitent comme des cellules sous le microscope de l’auteur, mais qui sont condamnés à ne pas avoir d’autres destins que celui de cellules qui vivent et meurent. Une littérature de pré-destination sociale qui est gênante par son pessimisme, même si elle s’accroche totalement au réel.

L’auteur Nicolas Mathieu a eu une espèce de pré-science à donner la voix aux oubliés des territoires, avant le phénomène des Gilets Jaunes. Il s’est ainsi trouvé totalement en phase avec un fait de société majeur. En cela, son livre mérite le détour, pour essayer de comprendre…

Le Nord et ses anciens bassins miniers en déshérence se prêtent bien à l’analyse. Pourquoi ces jeunes qui veulent s’affranchir du modèle parental ne réussissent-ils pas à décoller, au sens littéral du terme ? Déterminisme social, oui peut-être… Mais aussi le poids d’une province où il ne se passe rien. La seule fille qui veut et réussit à s’en sortir, Steph est celle qui monte dans la capitale pour faire ses études. Ce livre m’apparaît vraiment comme l’expression du naufrage de l’aménagement du territoire. Hors de Paris, point de salut ?

Ce roman serait juste un récit social ordinaire, s’il n’y avait pas une écriture puissante. Une écriture qui vous prend par surprise… Vous devez longtemps marcher sur des vulgaires cailloux de conversations très plates, avant de découvrir, au détour d’une phrase, des pierres en forme de pépites. Des diamants bruts que vous lisez et relisez, en admirant le style. « Leurs enfants après eux » est le seul roman où j’ai éprouvé le besoin de corner des pages pour retenir et relire des extraits. Quelle justesse dans le regard de l’auteur ! C’est bluffant…

C’est sans doute la marque d’un grand écrivain. Toucher et émouvoir à partir de rien, c’est assurément quelque chose !

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