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Analyse d’un crash…

Posted by Bernard on février 4, 2018 in Accueil, Politique |

Il était un amateur de courses automobiles. Un fou de vitesse implanté – est-ce un hasard ? – dans la Sarthe, berceau des fameux 24 h du Mans. Un homme politique pondéré qui semblait bien maîtriser les puissantes mécaniques. Il nous a fait pourtant la plus belle sortie de route politique de ces dernières années.

Cela fait juste un an. Presque une éternité… L’eau a coulé sous les ponts depuis. Mais BFM TV a souhaité analyser les événements avec le recul du temps pour comprendre comment un tel crash avait été possible. L’homme étant maintenant retiré de la vie politique, les paroles se sont libérées. Ce qui permet de rentrer au coeur des événements, avec les commentaires encore tièdes des principaux protagonistes. Exercice donc particulièrement intéressant, d’autant que le reportage garde une certaine neutralité.

Vous trouverez ci-dessous le fameux reportage. Je l’ai trouvé passionnant.

Après avoir surfé sur Facebook et lu de nombreux commentaires d’internautes, j’ai découvert que Fillon continue à susciter des commentaires passionnés. Un mélange d’amour et surtout de haine qui contraste singulièrement avec le caractère modeste, doux et peu clivant de l’homme politique. Pour beaucoup de compatriotes, Fillon est rentré dans l’histoire comme « un voleur » au même titre qu’un Cahuzac ou qu’un Thevenoud, pour ne parler que des cas récents de prévarication. Est-ce justifié ? Je suis persuadé que non. Fillon n’a fait qu’optimiser sa situation personnelle comme nous le faisons tous, en restant totalement dans les tolérances d’un système politique peu transparent. Mais l’histoire de Fillon s’inscrit dans le cadre d’un ras-le-bol généralisé à l’encontre de la représentation politique qui retrouve les accents de violence et d’excès des ligues patriotes de février 1934. Dans un tel contexte, la cause était perdue. De plus, Fillon jouait la carte de la pureté et de l’honnêteté dans la classe politique. Hélas « on ne jette pas des pierres aux autres quand on a une maison de verre »…

Ce reportage est intéressant par ce qu’il révèle des moeurs politiques. La soif de gagner de lieutenants prêts à changer de chef comme des girouettes. Les coups de poignards et coups tordus de prétendus « amis politiques ». La rancune d’un ancien président ne retenant pas le bras d’un desperado et sacrifiant ainsi les intérêts de son camp. Affligeant !… Mais le reportage ne fait pas l’impasse sur les responsabilités du candidat. Son caractère orgueilleux et sa liberté de penser se sont  révélés une faiblesse. Il n’a pas su demander conseil, communiquer avec ses équipes. Son caractère bien trempé et sa solitude très gaullienne qui m’emballaient par la volonté-de-faire implacable qu’ils laissaient à entendre chez ce candidat réformateur, se sont retournés contre lui. Fillon a oublié que le sérieux n’était pas une arme en soi pour gagner, et qu’il fallait d’abord séduire.

Alors, certes, on peut lui critiquer son rapport avec l’argent un peu trouble, point que son ex-ami Jean de Boishue aborde avec justesse dans le reportage. Il a voulu mettre les siens à l’abri, mais cet objectif est forcément mal vu quand on vit de l’argent public. Mais quelle ironie de lui avoir préféré d’abord un Sarkozy qui a assouvi ses besoins non moins pressants par un beau mariage avec une chanteuse qui est avant tout une héritière; puis un Macron qui affiche à 40 ans un patrimoine ridiculement bas, après avoir gagné des fortunes dans la banque d’affaires. Un panier percé plutôt qu’un bon père de famille… N’est-ce pas hélas à l’image de nos finances publiques ?

Fillon est mort. Il s’est retiré de la vie politique. C’est pourquoi on peut retrouver une certaine liberté de parole. Pour ma part, j’ai aimé cet homme pour nous avoir dit la vérité en 2007 sur « la France en situation de faillite ». J’ai aimé cet homme car il ne nous racontait pas des carabistouilles pour se faire élire ( vous pouvez relire mon compte-rendu croquignoslesque du premier grand débat de la campagne ici ). J’ai aimé cet homme car il se tenait droit, solide, assumant ses actes et son bilan; il nous promettait des années difficiles à court terme avec des accents à la Churchill, mon homme politique préféré. Il était chrétien, l’assumait dans une période agnostique, et mettait les valeurs chrétiennes comme garantes de son action et de son sens de la justice. C’était un coureur automobile, c’est à dire un homme prêt à prendre des risques, mais des risques calculés car il savait, en bon coureur, que notre Etat est mortel et que la fuite en avant à toute vitesse dans l’Etat Providence peut entraîner un crash de la France.

Il s’est crashé avant de pouvoir prendre le volant du pays. Dommage pour nous… On a perdu un vrai chef qui, pour reprendre le commentaire judicieux d’Hervé Novelli dans ce reportage, « serait sorti le premier de la tranchée sur le Chemin des Dames »…

Depuis son retrait, je ne retrouve plus de leader politique derrière lequel me ranger. Sauf notre Président, mais sans forte conviction et sans adhésion pour l’homme. Mais il n’y a pas d’alternative : la France ne peut se permettre d’échouer une nouvelle fois… Quelle misère !…

 

 

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